Sermon du vendredi 07 février 2020, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Baitul-Futuh à Londres. Après le Ta'awudh, le Tashahoud et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a déclaré :

Le compagnon que j’évoquerai aujourd’hui se nomme Muhammad Bin Maslamah Al-Ansari. Son père se nommait Maslamah Bin Salama et son grand-père se nommait Salama : on dit qu’il se nommait aussi Khalid. Sa mère s’appelait Oumm Saham : son nom [d’origine] était Khoulayda Bint Abi ‘Oubayda.

Muhammad Bin Maslamah appartenait à la tribu d’Aws et il était l’allié de la tribu de ‘Abd Ach’al. Ses noms d’emprunt étaient Abou ‘Abdillah, ‘Abdour Rahman et Abou Sa’id. D’après ‘Allamah Ibn Hajr, le nom Abou ‘Abdillah est plus authentique. Selon un autre récit, il était né 22 ans avant que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ne se proclamât prophète. Il faisait partie de ceux qui, à l’époque de l’ignorance, étaient nommés « Muhammad ». Les Juifs de Médine attendaient en effet l’avènement du prophète prédit par Moise. Ils avaient déclaré que ce futur prophète se nommerait « Muhammad ». Lorsque les Arabes en ont entendu parler ils ont nommé leurs enfants « Muhammad ». Selon les livres de la Sirah il existait entre trois et quinze personnes portant le nom de « Muhammad » à l’époque de l’ignorance. ‘Allama Souhayli, le commentateur de la Sirah d’Ibn Hicham, mentionne le nom de trois personnes nommées « Muhammad ». ‘Allama Ibn Athir mentionne le nom de cinq personnes. Selon Abdoul Wahhab Al-Chirani, il y en avait quinze. Je mentionne ici les noms de ces quinze individus : Muhammad Bin Soufyan, Muhammad bin Ouhayha, Muhammad Bin Hamran, Muhammad Bin Khouza’i, Muhammad Bin Adi, Muhammad Bin Asama, Muhammad Bin Ba’ra, Muhammad Bin al-Harith, Muhammad Bin Hirmas, Muhammad Bin al-Khawli, Muhammad Bin Yahmad, Muhammad Bin Yazid, Muhammad Bin al-Ousaydi, Muhammad Fuqaymi et Muhammad Bin Maslama.

Celui-ci faisait partie des tout premiers musulmans. Il avait embrassé l’islam sur les mains de Mus’ab Bin Oumayr et ce avant Sa’ad Bin Mou’adh. Lorsqu’Abou ‘Oubayda Bin Al-Jarrah est venu à Médine, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a établi un lien de fraternité entre celui-ci et Muhammad Bin Maslama. Muhammad Bin Maslama faisait partie de ces compagnons qui avaient assassiné Ka’ab Bin Achraf et Abou Rafi’ Bin Huqayq. Ces deux individus étaient des fauteurs de troubles qui tentaient de nuire aux musulmans. Voire ils avaient tenté de les attaquer et de porter atteinte à la vie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait choisi Muhammad Bin Maslama pour assassiner ces deux individus. Lorsque le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) partait pour certaines expéditions, il nommait Muhammad Bin Maslama comme son suppléant à Médine. Les fils de Muhammad Bin Maslama se nommaient : Ja’far, Abdoullah, Sa’d, ‘Abdour Rahman et ‘Oumar. Ils étaient tous des compagnons du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

Muhammad Bin Maslama avait participé dans la bataille de Badr, d’Ouhoud et à toutes les autres batailles sauf celle de Tabouk, durant laquelle il était resté à Médine après en avoir eu l’autorisation de la part du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

Comme je l’ai dit Muhammad Bin Maslama avait participé à l’assassinat de deux fauteurs de troubles et des ennemis de l’islam. J’en avais évoqué quelques détails en mentionnant ‘Oubadah Bin Bichr environ un an et demi de cela. J’en ferai brièvement mention ici et je présenterai également d’autres détails.

Dans son ouvrage Sirat Khatamun Nabiyyine, Hazrat Mirza Bachir Ahmad relate ceci sur Ka’b bin Achraf. La bataille de Badr avait mis en exergue l’hostilité des Juifs ; celle-ci s’est accrue et ils n’ont cessé de fomenter des troubles. L’exécution de Ka’b Bin Achraf est un autre maillon dans cette chaîne.

Bien que Ka’b fût juif de confession, il ne l’était pas de par sa descendance paternelle : il était arabe.

Son père, Achraf, était un homme intelligent et rusé des Banou Nibhan, qui s’étaient établis à Médine : il s’était lié d’amitié avec les Banou Nadir (une tribu juive) et était devenu leur allié. 

Achraf a réussi à amasser un tel pouvoir et une telle influence qu’Abou Rāfi’ bin Abil-Houqayq, le chef des Banou Nadir, lui a donné sa fille en mariage.

De cette union est né Ka’b, qui, en grandissant, a eu un statut encore plus éminent que celui de son père, tant et si bien que tous les Juifs de l’Arabie l’ont pris pour chef. D’un point de vue moral, il était très corrompu et était un maître dans l’art des complots et des conspirations. Lorsque le Saint Prophète a émigré à Médine, Ka’b bin Achraf, avec les autres Juifs, a signé le traité entre eux et le Saint Prophète, par égard pour l’amitié mutuelle, la paix, la sécurité et la défense collective. Or au plus profond de Ka’b, le feu de la méchanceté et de l’hostilité brûlait et il a donc commencé à s’opposer à Islam et à son Fondateur à travers des complots et des conspirations. Son opposition a pris une forme dangereuse. Après la bataille de Badr, il s’est mis à comploter et à fomenter la sédition, mettant ainsi les musulmans en danger. Or quand les musulmans ont triomphé à Badr et que la plupart des chefs des Qouraychites ont été tués, Ka’b a compris que la nouvelle religion ne disparaîtra pas d’elle-même. 

Après Badr, il s’est évertué à complètement détruire l’islam. Quand cette nouvelle a été confirmée et que Ka’b a compris que la victoire de Badr avait offert à l’islam une force qui dépassait ses rêves les plus fous, la colère et rage l’ont submergé. Il s’est mis en route immédiatement dans la direction de La Mecque. Une fois sur place, grâce à son éloquence et sa maîtrise de la poésie, il a attisé le feu dans le cœur des Qouraychites.

Il a engendré dans leurs cœurs une soif intarissable pour le sang des musulmans et les a emplis de sentiments de vengeance et d’inimitié. 

Ayant attisé leur haine, Ka’b a emmené les Qouraychites dans la cour de la Ka’bah, leur faisant saisir les pans de l’étoffe qui la recouvrait dans leurs mains, et leur a demandé de jurer qu’ils ne se reposeront pas jusqu’à ce que l’islam et son fondateur ne disparaissent de la face de la terre.

Après avoir enflammé les esprits à La Mecque, ce fauteur de troubles a voyagé de tribu en tribu dans l’Arabie tout entière, incitant les gens contre les musulmans.

Ensuite, il est retourné à Médine et a composé des couplets provocateurs et obscènes à propos des femmes musulmanes.

 

Il n’a pas épargné les dames de la maison du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et a diffusé ses couplets infamants dans tout le pays. En fin de compte, il a ourdi un complot pour faire assassiner le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

 

Il l’a invité dans sa résidence pour un festin, et avec l’aide de quelques jeunes hommes Juifs il a tenté de faire assassiner le Saint Prophète. Par la grâce de Dieu, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en avait reçu l’information en avance et son plan a échoué. À la lumière du traité conclu entre les habitants de Médine à son arrivée, le Saint Prophète était désormais le chef de l’exécutif et le commandant en chef de l’État démocratique de la ville. Ainsi, lorsque la situation a empiré, et qu’il était évident que Ka’b était coupable de violation du traité, de rébellion, d’incitation à la guerre, de sédition, d’usage de langage vulgaire et de conspiration pour assassiner le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), celui-ci a déclaré que Ka’b Bin Achraf était susceptible d’être mis à mort en raison de ses actions.

Suite aux campagnes séditieuses de Ka’b, l’atmosphère   était devenue tendue à Médine à cette époque : une annonce officielle de son exécution aurait déclenché une guerre civile à Médine et beaucoup de sang aurait coulé. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était prêt à tout faire pour éviter la violence intercommunautaire et l’effusion de sang. Ainsi, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a ordonné que Ka’b soit exécuté secrètement par quelques individus. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a confié cette mission à un fidèle compagnon, Muhammad bin Maslamah, en soulignant que le plan devait être exécuté avec le conseil de Sa’d bin Mou’adh, qui était le chef de la tribu des Aus. 

Muhammad bin Maslamah a déclaré : « Ô Messager d’Allah ! Afin de le tuer secrètement, nous serons obligés de trouver une excuse pour l’attirer hors de sa résidence et pour l’exécuter dans un endroit sûr. » Les conséquences auraient été graves si l’opération secrète était dévoilée au grand jour.

Le Saint Prophète a dit : « Très bien. » Suite aux conseils de Sa’d bin Mou’adh, Muhammad bin Maslamah a pris Abou Naïla et deux ou trois autres Compagnons et ils se sont rendus à la résidence de Ka’b. Ils l’ont prié de sortir en disant : « Notre chef (c’est-à-dire, Muhammad) exige de l’aumône de notre part alors que nous sommes en difficulté. Auras-tu l’obligeance de nous accorder un prêt ? » En entendant cela, Ka’b a sauté de joie et a déclaré : « Par Dieu ! Ce n’est rien ! Le jour n’est pas loin quand vous l’abandonnerez ! »

Muhammad Bin Maslamah répondit : « En tout cas, nous avons déjà accepté Muhammad. Mais dis-nous si tu nous feras ce prêt ? »

« Bien sûr !, Ka’b a-t-il déclaré, mais vous devrez déposer des garanties. » Muhammad a demandé : « Quelles sont tes exigences ? » Le misérable de répondre : « Laissez vos femmes en gages. » En réprimant sa colère, Muhammad a dit : « Comment est-il possible pour nous de laisser nos femmes en garantie avec un homme comme toi ! » L’autre de répondre : « Vos fils feront l’affaire. » Muhammad de répliquer : « Impossible. Nous ne pourrons pas endurer les reproches de l’Arabie tout entière. Par contre, si tu es assez généreux, nous sommes prêts à laisser nos armes avec toi comme garantie. » Ka’b a accepté, et Muhammad bin Maslamah et ses compagnons sont partis avec la promesse de revenir la nuit. À la tombée de la nuit, ils se sont présentés à la résidence de Ka’b avec leurs armes, parce qu’ils pouvaient le faire selon leur accord. Ayant conduit Ka’b dans un coin hors de chez lui pour les discussions, en marchant, Muhammad Bin Maslamah ou un de ses compagnons a posé sa main sur la tête de Ka’b pour quelque raison et il l’a agrippé par les cheveux fermement avant de dire à ses compagnons : « Tuez-le ! » Les compagnons étaient prêts et l’ont transpercé de leurs épées. Ka’b est tombé raide mort. Muhammad bin Maslamah et ses compagnons se sont ensuite présentés au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) pour l’en informer.    

Les nouvelles de l’exécution de Ka’b ont ébranlé la ville et le peuple juif était furieux. Le lendemain, au matin, une délégation juive s’est présentée au Saint Prophète, se plaignant que leur chef, Ka’b bin Achraf, avait été assassiné. Le Saint Prophète a écouté leurs commentaires et ensuite il a dit : « Êtes-vous également au courant des crimes dont il est coupable ? » Le Saint Prophète leur a brièvement rappelé tous ses méfaits, à savoir, le non-respect du traité, l’incitation à la guerre, la sédition, l’usage d’un langage grossier et la conspiration d’assassinat. Sur ce, les Juifs ont pris peur et n’ont plus dit mot. Le Saint Prophète d’ajouter : « Au moins à partir de maintenant, vous feriez bien de vivre en paix et éviter d’attiser l’hostilité, la violence et les troubles. »

Un nouveau traité fut rédigé avec le consentement des Juifs et ils promirent de cohabiter avec les musulmans en paix et de ne plus fomenter des troubles. Si Ka’b n’était pas coupable, les Juifs n’auraient pas accepté cet accord aussi facilement. Ils auraient fait grand bruit en raison de son meurtre. En tout cas, ils promirent de vivre en paix à l’avenir. L’histoire ne dit pas si les Juifs, par la suite, évoquèrent l’assassinat de Ka’b et en accusèrent les musulmans. En effet, ils avaient compris que Ka’b avait mérité son châtiment.

Les historiens occidentaux objectent, en disant que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait commis un acte condamnable en faisant assassiner Ka’b. Il faudra se demander tout d’abord si cet assassinat était un acte permis ou pas. Deuxièmement si la méthode utilisée était permise ou pas.

Ka’b Bin Achraf avait signé un pacte avec le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Loin de promettre qu’il ne mènera pas de campagne contre les musulmans, il avait promis d’aider ces derniers contre tout ennemi extérieur et qu’il maintiendrait des liens d’amitié avec les musulmans. Il avait aussi accepté le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) comme chef de l’État démocratique établi à Médine ainsi que l’arbitre de tous les différends [entre les Juifs] et que ses verdicts seraient applicables par eux. L’histoire prouve aussi que selon ce traité, les Juifs présentaient leurs doléances aux Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) qui jugeait alors entre eux. En pareilles circonstances Ka’b a fait fi de ce pacte ; non seulement a-t-il été coupable de traîtrise à l’égard des musulmans mais il l’a aussi été envers l’État, car le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en était le chef. Il a semé la graine de l’insurrection à Médine et a attisé la guerre dans le pays. Il a soulevé, de manière dangereuse, les tribus arabes contre les musulmans et il a aussi ourdi le complot d’assassinat du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). La litanie des crimes de Ka’b méritait d’être condamnée et qu’une procédure fût initiée à son encontre. Pour mettre fin à ses méfaits, méritait-il toute autre punition hormis la mort ? Aujourd’hui, dans des pays développés, la rébellion, le non-respect d’un pacte, attiser la guerre et comploter un assassinat sont [autant de crimes] sanctionnés par la peine de mort. Pourquoi soulever une objection à ce sujet ? La deuxième objection soulevée était au sujet de la manière dont il a été assassiné. N’oublions pas qu’à l’époque, il n’existait pas d’État souverain en Arabie. Un chef a certes été nommé et c’est lui qui prenait les décisions. Mais en dépit de cela toute personne et toute tribu étaient libres et autonomes. Alors, dans ces conditions, dans quel tribunal allait-on déférer Ka’b, et d’où émanerait l’ordre de son exécution ? On dit qu’une plainte aurait dû être déposée auprès des Juifs dont il était le chef. Mais les Juifs avaient déjà fait preuve de trahison à l’encontre des musulmans ; ils essayaient continuellement de semer le désordre. Pouvait-on présenter ces doléances aux Qouraychites de La Mecque qui étaient assoiffés du sang des musulmans ? Ce n’était pas la peine de demander justice aux tribus de Soulaym et de Ghatafân, qui depuis quelques mois avaient essayé à trois ou quatre reprises d’attaquer Médine.

Ensuite Mirza Bachir Ahmad écrit : « Réfléchissez sur la situation qui régnait à ce moment-là : quelle autre solution les musulmans avaient-ils ? La vie de cet homme, qui avait attisé l’insurrection, qui avait lancé un appel à la guerre, qui semait le désordre, et qui ourdissait des complots d’assassinat, était devenue dangereuse pour les musulmans et pour la paix du pays. Dans une perspective de défense, il était donc plus convenable de l’assassiner dès que la situation se présentait. Il est plus préférable d’éliminer un homme mauvais semant le désordre, que de mettre en danger la vie de milliers d’habitants pacifiques, et de compromettre ainsi la paix de tout un pays. Eu égard au pacte conclu entre les musulmans et Juifs après l’Hégire, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) n’avait pas le statut d’un citoyen ordinaire. Il avait été nommé chef de Médine par le peuple, et il avait ainsi l’autorité de rendre son verdict sur les différends et sur des faits politiques. Si pour maintenir la paix dans le pays, il avait émis l’ordre d’exécuter Ka’b qui perpétrait le désordre, sa décision n’était pas surprenante. Ainsi, cette objection n’a aucun fondement.

Des preuves historiques établissent que même les Juifs estimaient que cette punition infligée à Ka’b était raisonnable compte tenu de ses crimes et n’ont soulevé aucune objection. L’autre objection est : pourquoi les Juifs n’ont-ils pas été convoqués afin qu’on les informe des crimes de Ka’b et afin que son exécution puisse être officiellement et publiquement annoncée après la présentation des preuves ?

La situation était très précaire à l’époque et adopter cette méthode aurait attisé la violence intercommunautaire. Cette annonce aurait déclenché une guerre civile à Médine et beaucoup de sang aurait coulé.

Par conséquent, le Saint Prophète a jugé approprié de rendre discrètement le verdict relatif à la punition de Ka’b étant donné que certaines tâches s’avèrent plus bénéfiques si elles sont accomplies rapidement et silencieusement, afin de préserver la paix publique.

Cependant, il n’y avait absolument aucune tromperie et le Saint Prophète n’a pas eu l’intention de garder cette punition secrète, car dès que la délégation de Juifs est venue le rencontrer le lendemain matin, sans hésiter le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) leur a immédiatement raconté toute l’histoire.

De plus, en assumant l’entière responsabilité de cette action, le Saint Prophète a prouvé qu’il ne souhaitait tromper personne. En outre, il a clairement dit aux Juifs que cette punition était infligée à Ka’b en raison de ses crimes gravissimes et qu’il en avait personnellement donné l’ordre à cet effet.

L’accusation selon laquelle le Saint Prophète a donné à ses compagnons la permission de mentir et de tromper autrui à cette occasion est absolument incorrecte et les récits authentiques rejettent cette notion. Le Saint Prophète n’a pas autorisé à ses compagnons de mentir.

Selon le récit de Boukhari, qui est le plus authentique de toutes les narrations, Muhammad bin Maslamah avait dit au Messager d’Allah que pour tuer Ka’b secrètement ils seront obligés de trouver une excuse [pour l’attirer]. En tenant en comptes les avantages de cette punition secrète, le Saint Prophète a dit : « Très bien. »

À cette occasion, ni le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ni Muhammad Bin Maslamah n’ont présenté des explications ou des clarifications.

Évidemment, le Saint Prophète sous-entendait par là que Muḥammad bin Maslamah et ses compagnons devaient dire quelque chose afin d’attirer Ka’b hors de chez lui afin qu’il les accompagnât volontairement ; et il n’y avait absolument rien de mal à cela. Après tout, en temps de guerre, lorsque des espions sont envoyés en mission, ils sont eux aussi tenus d’énoncer de tels propos et aucun individu sensé ne s’y oppose jamais. Ainsi, le caractère du Saint Prophète est irréprochable. Reste à connaitre ce qu’avaient dit Muḥammad bin Maslamah et ses compagnons. Or, ils n’ont tenu aucun propos qui puisse être considéré comme immoral et ils n’ont pas menti. Certes, compte tenu de l’objectif de leur mission, ils devaient utiliser certains mots, qui pouvaient être interprétés de plusieurs manières, mais il n’y avait pas d’autre option. En situation de guerre, aucun individu sensé et honnête ne condamnera cet écart minime de paroles franches et directes pour une bonne cause.

Certains ont posé la question de savoir s’il est permis de tromper autrui en temps de guerre. Selon certains récits le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) aurait déclaré :

الحرب خدعة

C’est-à-dire, « La guerre est un leurre. »

Certains en concluent que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), qu’Allah nous en préserve, aurait donné la permission de tromper autrui en temps de guerre.

En premier lieu, les mots الحرب خدعة ne signifient pas qu’il est permis d’employer la tromperie durant la guerre. Au contraire, le seul sens qui est voulu ici est que « la guerre est en soi une sorte de tromperie ». En d’autres termes, on ne peut rien prédire sur l’issue d’une guerre. C’est-à-dire qu’il existe tant de facteurs différents qui affectent le résultat de la guerre que, quel que soit le cours des événements, on ne peut rien prédire à ce propos.

Ce sens est soutenu par le fait qu’il existe deux versions de ce hadith. Dans la première le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a déclaré :

الحرب خدعة

C’est-à-dire, « la guerre est une tromperie. » Dans la deuxième, est dit :

الحرب خدعة

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a nommé la guerre « une tromperie ».

Lorsque ces deux récits sont lus ensemble, la conclusion est que le Saint Prophète n’a pas permis l’usage de la tromperie dans la guerre. Il voulait plutôt dire que la guerre est en soi un mirage qui trompe autrui. Cependant, si l’on insiste pour dire que la tromperie est autorisée en temps de guerre, dans ce cas, le mot « tromperie » signifie le recours à des stratégies et des tactiques de guerre et pas le mensonge ou la trahison.

Dans ce cas, le mot خدعة signifie donc les manœuvres et les stratégies de guerre, pas le mensonge et la tromperie. Cela implique qu’il n’est pas interdit de prendre l’ennemi au dépourvu et de l’appréhender ou de le maîtriser au moyen d’une stratégie ou d’une tactique. Il existe différentes formes de cette manœuvre. Par exemple, selon des récits authentiques, lorsque le Saint Prophète entamait une campagne, il ne révélait généralement pas sa destination finale. Parfois, même s’il avait l’intention de voyager vers le sud, au début de son voyage, il se dirigeait vers le nord, puis faisait un long détour vers le sud.

Parfois, si quelqu’un lui demandait d’où il venait, au lieu de mentionner Médine, il nommait un endroit proche ou éloigné où il avait précédemment campé ou il emploierait une autre tactique de guerre.

De même, le Saint Coran indique que les compagnons battaient en retraite sur le champ de bataille pour ensuite lancer une attaque soudaine quand l’ennemi s’y attendait le moins et quand ses rangs étaient rompus.

Ce sont autant d’exemples où la خدعة est autorisée en état de guerre et l’est toujours, même aujourd’hui.

Cependant, l’islam interdit strictement l’usage du mensonge et de la trahison. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a dit : « En islam, après avoir associé des partenaires à Dieu et usurpé les droits des parents, le troisième plus grand péché est le mensonge. »

De plus, il a déclaré que la foi et la lâcheté peuvent coexister, mais la foi et le mensonge ne peuvent coexister. En ce qui concerne la tromperie et la trahison, il a déclaré : « Le traître sera sous le coup du courroux d’Allah au Jour de la Résurrection. »

Ainsi, en temps de guerre, la خدعة permise peut ressembler au mensonge et à la tromperie, mais en réalité, il n’en est rien. Il s’agit ici de stratagèmes et de tactiques de guerre pour prendre l’ennemi au dépourvu ou pour le vaincre. Dans certains cas, cela peut sembler ressembler au mensonge et à la tromperie, mais en réalité, il n’en est rien.

Le Hadith suivant confirme notre position : « Oumm Koulthoum bint ‘Aqabah raconte : « Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a autorisé l’usage de déclarations qui ne sont pas mensongères mais que les gens ordinaires peuvent interpréter comme telles en trois occasions uniquement. Premièrement, en temps de guerre. Deuxièmement, lors de la réconciliation entre deux personnes en conflit. Troisièmement, quand un mari ou une femme énonce un propos destiné à plaire à son partenaire. »

L’intention doit être bonne en toute situation.

« Ce hadith ne laisse aucun doute sur le fait que le type de خدعة autorisé en temps de guerre n’implique ni mensonge ni tromperie. Il s’agit de moyens doivent parfois être utilisés comme tactiques de guerre, et qui sont considérées comme licites dans chaque nation et dans chaque religion.

Après avoir mentionné le récit de Ka’b bin Achraf, Ibn Hicham évoque un récit selon lequel, après l’exécution de Ka’b, le Saint Prophète aurait ordonné aux compagnons de tuer tous les Juifs qu’ils pouvaient appréhender. Par conséquent, un compagnon du nom de Mouhayyisah a attaqué un Juif et l’a tué. Le même récit a également été rapporté dans Abou Dāwoud. La source de ces deux narrations est Ibn Ishaq. À la lumière de la « science de la narration », ce récit est faible et peu fiable, car Ibn Hicham l’a consigné sans aucune chaîne de narration ; et la chaîne de narrateurs, fournie par Abou Dāwoud, est faible et incomplète. Dans cette chaîne de narrateurs, Ibn Ishaq déclare qu’il a entendu cet incident d’un esclave affranchi de Zaid bin Thābit et que cet esclave anonyme a entendu cet incident d’une fille inconnue de Mouhayyisah, qui l’avait entendu de la part de son père. Tout individu peut comprendre qu’un récit dont deux narrateurs sont anonymes ne peut en aucun cas être acceptable. De plus, même la Dirāyah (la teneur) de ce récit indique qu’il n’est pas authentique, car la conduite générale du Saint Prophète réfute catégoriquement l’idée qu’il émettrait pareil ordre de portée générale.

En outre, s’il s’agissait d’un ordre général, il en résulterait certainement de nombreux assassinats de ce type. Cependant, les récits n’ont rapporté qu’un seul cas, ce qui prouve qu’il ne s’agissait pas d’un ordre général. De plus, des récits authentiques attestent que le lendemain, un nouveau traité a été conclu avec les Juifs : en présence de pareil traité on ne peut admettre que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ait émis un ordre de cette nature.

Par ailleurs, si un pareil incident s’était effectivement produit, les Juifs auraient sûrement soulevé tout un tollé. Or, aucun récit historique n’indique que les Juifs auraient émis pareilles doléances. Par conséquent, ce récit est faux eu égard à sa chaîne de transmission (Riwāyah) et de sa teneur (Dirāyah).

Ce récit peut être considéré [partiellement] crédible, uniquement dans la mesure où un tollé avait éclaté à Médine suivant l’exécution de Ka’b bin Achraf. Les Juifs étaient en colère ; et sentant quelque menace de leur part, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) aurait peut-être dit à ses Compagnons qu’ils étaient autorisés, en état de légitime défense, de tuer tout Juif qui les attaquait.

Cependant, il semblerait que cet état n’ait duré que quelques heures, car le lendemain, un nouveau traité a été conclu avec les Juifs et la paix a été de nouveau rétablie.

Il existe une légère différence d’opinion quant à la date de l’exécution de Ka’b bin Achraf. Ibni Sa’d déclare qu’elle s’était produite au cours du mois de Rabī’ al-Awwal en l’an trois de l’Hégire. Cependant, Ibn Hicham l’a placée après la Sariyah de Zayd bin Ḥārithah, qui aurait eu lieu au cours du mois de Jamādiy al-Ākhirah. J’ai maintenu l’ordre d’Ibn Hicham. »

Il reste quelques récits à propos de ce compagnon et que j’évoquerai plus tard, Incha Allah.


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