Sermon du vendredi 31 janvier 2020, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Moubarak à Islamabad. Après le Ta'awudh, le Tashahoud et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a déclaré :

Le compagnon que j’évoquerai aujourd’hui se nomme Abou Talha Al-Ansari. Son nom d’origine est Zayd. Il appartenait à la tribu de Khazraj des Ansar et il était un des chefs de tribu. Il était plus connu par son nom d’emprunt, Abou Talha. Son père se nommait Sahl Bin Aswad et sa mère ‘Oubadah Bint Malik. Abou Talha avait prêté allégeance sur les mains du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lors de la deuxième bai’ah d’Aqabah. Il avait participé à la bataille de Badr et aux autres campagnes en compagnie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Lorsqu’Abou ‘Oubayda Bin Al-Jarah s’était établi à Médine, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait établi un lien de fraternité entre lui et Abou Talha.

Abou Talha était de teint basané et de taille moyenne. Il ne s’était jamais teint les cheveux et la barbe avec du henné, comme c'était la coutume à l’époque.

Anas était le beau-fils d’Abou Talha : il était le fils de la femme d’Abou Talha, issu du premier mariage de cette dernière. [Elle se nommait] Oumm Soulaym et son premier mari se nommait Malik Bin Nazar. Après son décès, Abou Talha se maria avec Oumm Soulaym. De leur union sont nés ‘Abdoullah et Oumm ‘Oumayr.

Anas relate qu’Abou Talha avait demandé la main d’Oumm Soulaym en mariage. Cette dernière aurait déclaré : « Par Allah ! Je n’aurais pas voulu rejeter votre demande. Mais vous êtes polythéiste et je suis, quant à moi, musulmane. » Ce récit est tiré du Sounan Nisa’i. Elle a dit : « Etant musulmane, je ne peux pas me marier avec vous. Si vous acceptez l’islam, cela servira de dot de votre part et je ne vous demanderai rien de plus. » Abou Talha a embrassé l’islam et [sa conversion] a servi de dot [pour le mariage].

Thabit déclarait : « En islam, je n’ai jamais entendu parler d’une dot aussi honorable que celle d’Oumm Soulaym. »

Abou Talha avait participé à la bataille de Badr en compagnie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Il disait que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait ordonné le jour de la bataille de Badr que l’on jetât les cadavres de quatorze chefs Qouraychites dans un puits sale. Lorsqu’il remportait la victoire, il passait trois nuits sur le champ de bataille. Le troisième jour à Badr, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait demandé qu’on plaçât la selle sur sa chamelle. Il partit ensuite avec ses compagnons. Il s’arrêta au bord de ce puits où se trouvaient les cadavres de ces Qouraychites. Il les appela par leurs noms et les noms de leurs pères en disant : « Ô untel, fils d’untel ! Ô untel, fils d’untel ! Es-tu content d'avoir désobéi à Allah et à son Prophète ? La promesse que nous a faite Allah s’est accomplie. La promesse faite par votre seigneur s’est-elle accomplie ? » Abou Talha relate : « ‘Oumar demanda : « Ô Envoyé d’Allah ! Pourquoi parler à ces cadavres sans vie ? » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) répondit : « Je jure par Celui qui détient la vie de Muhammad entre Ses mains ! Ils entendent mes propos. » C'est-à-dire qu’Allah leur transmettait la parole du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) qui leur parlait de leur mauvaise fin.

Anas relate que les [musulmans] ont été vaincus à Ouhoud et se sont séparés du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Abou Talha s’était placé devant le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) pour le protéger avec son bouclier. Abou Talha tirait de toute sa force sur ses arcs, tant et si bien qu’il en avait brisé deux ou trois ce jour-là. Lorsqu’une personne passait devant lui avec son carquois de flèches, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui demandait d’offrir ses flèches à Abou Talha. Anas relate que quand le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) levait la tête pour regarder les autres, Abou Talha lui disait : « Que mes parents soient sacrifiés pour vous ! Ne levez pas la tête de peur qu’une flèche ennemie ne vous atteigne. J’offre ma poitrine pour vous protéger. »

Anas ajoute qu’Abou Talha protégeait le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avec un seul bouclier. Il était un très bon archer. Lorsqu’il décochait ses flèches, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) levait la tête pour voir s’il avait atteint sa cible. Ces deux récits sont tirés d’Al-Boukhari. Lors de la bataille d’Ouhoud, Abou Talha récitait ces vers : « J’offre mon visage pour protéger le vôtre ! Je sacrifie ma vie pour la vôtre ! »

Anas Bin Malik relate que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a dit à Abou Talha : « Mets un de tes fils à mon service afin que je puisse me rendre à Khaybar. » Anas ajoute qu’Abou Talha l’a placé derrière lui sur sa monture et qu’il avait presque atteint l’âge adulte à l’époque. Il ajoute : « Je servais le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et lorsqu’il descendait je l'entendais souvent réciter cette prière:

اللَّهُمَّ إِنِّي أَعُوذُ بِكَ مِنَ الْهَمِّ وَالْحَزَنِ، وَالْعَجْزِ وَالْكَسَلِ، وَالْبُخْلِ وَالْجُبْنِ ، وَضَلَعِ الدَّيْنِ، وَغَلَبَةِ الرِّجَالِ

« Ô Allah ! Je me réfugie auprès de Toi contre l’inquiétude et l’affliction, contre l’insuffisance et l’inaction, contre l’avarice et la lâcheté, contre l’endettement et la domination des hommes. »

Selon un autre récit tiré d’Al-Boukhari comme le premier, Anas relate : « Lorsque le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) est arrivé à Médine, il n’avait pas de serviteur. Abou Talha a pris ma main et m’a emmené chez le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et lui a dit : « Ô Envoyé d’Allah ! Anas est un garçon intelligent. Il sera à votre service. »

Anas ajoute : « J’ai servi le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lors de ce voyage et lorsqu’il était à la maison. Il ne m’a jamais demandé pourquoi j’avais accompli une tâche d’une telle manière ou pourquoi je n’avais pas fait ceci ou cela. » C'est-à-dire que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ne l’avait jamais réprimandé.

Anas Bin Malik ajoute : « Nous étions en compagnie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lorsqu’il est retourné d’Ousfan (qui est situé entre La Mecque et Médine). Il était sur sa chamelle et il avait placé derrière lui Saffiya Bint Houyay. La chamelle du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a trébuché et tous les deux sont tombés. Abou Talha, a accouru auprès d’eux et a demandé : « Ô Envoyé d’Allah ! Que je sois sacrifié pour vous ! » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui a dit : « Vas-voir la dame en premier. » Abou Talha a couvert son visage d’un tissu et il est parti vers Safiyya et l’a recouvert du tissu, dans le respect des règles de la modestie. Il a redressé leur monture et tous les deux sont montés dessus. Nous avions entouré le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et lorsque nous sommes arrivés à Médine, il a prié en ces termes :

آيِبُونَ، تَائِبُونَ، عَابِدونَ لِرَبِّنَا، حَامِدُونَ

« Nous sommes rentrés. Nous nous repentons auprès de notre Seigneur, nous L’adorons et Le louons. » Il répétait ces paroles lorsqu’il entrait à Médine.

Hazrat Mouslih Maw’oud (ra) relate cet incident en ces termes : « Un jour, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) retournait de Khaybar accompagné de Safiyya son épouse. En cours de route, sa monture a trébuché et tous deux sont tombés. Le chameau d’Abou Talha Al-Ansari était derrière. Il a couru dans la direction du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en descendant de son chameau et il a dit : « Ô Envoyé d’Allah ! Que ma vie soit sacrifiée pour vous ! J’espère que vous n'êtes pas blessé. » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui dit : « Abou Talha ! Vas-voir la femme en premier ! Vas-voir la femme en premier ! » Il était un amoureux du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Etant donné qu’il s’agissait de la vie de celui-ci, il ne se souciait de personne d’autre. Mais le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui a dit d’aller s’occuper de la femme en premier. »

Le Mouslih Maw’oud (r.a) a relaté cet incident en évoquant le droit des femmes.

Anas relate : « Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a lancé l’assaut sur Khaybar. Nous avions accompli la prière du matin dans ses alentours, pendant qu’il faisait encore nuit. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) est monté sur sa monture et Abou Talha en a fait de même. J’étais derrière Abou Talha. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a éperonné son cheval dans les ruelles de Khaybar et mon genou touchait presque sa cuisse en raison de notre proximité. En raison de la chaleur ou pour son confort, il avait relevé son pagne jusqu’à sa cuisse et je pouvais voir la partie au-dessus de son genou. Quand il est entré dans le village, il a déclaré : « Allah est le plus grand ! Khaybar est ruiné ! Lorsque nous assiégeons un peuple mis en garde contre le châtiment divin, mauvais est leur matin. » Il a répété cette phrase à trois reprises. »

Anas relate : « Les gens [de Khaybar] sont sortis pour leurs tâches et se sont exclamés : « Muhammad ! ». ‘Abdul ‘Aziz ajoute que certains de ses compagnons disaient : « Muhammad et [son] armée ! » 

Anas ajoute : « Nous les avons combattus et les avons vaincus. Nous avons réuni les prisonniers. Diha al-Kalbi est venu voir le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et lui a dit : « Ô Envoyé d’Allah ! Offrez-moi une esclave de parmi ces prisonniers ! » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui a dit : « Va et prend une fille. » Il a pris Safiyya, la fille de Huyay. Sur ce un individu a dit au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) : « Ô Envoyé d’Allah ! Vous avez offert Safiyya, la fille du chef des Banou Nadhir et des Banou Qourayza à Diha. Or vous seul la méritez. » On a donc fait venir Safiyya. [Le Messager d’Allah] a dit à Diha : « Prend une autre parmi ces prisonniers. »

Anas déclare que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a libéré Safiyya et s’est ensuite marié avec elle. Thabit a demandé à Anas : « Quelle était la dot qu’avait offerte le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) à Safiyya ? » Il a répondu qu’il l’avait libérée et s’est marié avec elle. Sa liberté lui servait de dot. En cours de route, Oumm Soulaym a préparé Safiyya pour le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Ensuite ils se sont mariés. Le lendemain, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a déclaré : « Apportez la nourriture que vous avez. » Ensuite il a posé un tapis de cuir en guise de couvert. Untel a apporté des dattes et un autre du beurre clarifié. ‘Abdul ‘Aziz déclare qu’on aurait aussi apporté du grain desséché et moulu accompagné d'eau et de sucre. Ensuite on a tout mélangé et ceci avait servi de repas de noces du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). »

Selon un autre récit, après la conquête de la forteresse, Safiyya est tombé dans le lot de Dahiya. Nombre de compagnons ont informé le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) à propos du statut de Safiyya en ajoutant qu’il serait plus approprié que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) la prenne lui-même comme épouse. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a envoyé un message à Dahiya et lui a acheté Safiyya au prix de sept esclaves et l’a confiée à Oumm Soulaym afin qu’elle la garde avec elle. Ensuite le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) s’est marié avec elle.

Anas bin Malik relate que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait déclaré le jour de la bataille de Hounayn que celui qui tuerait un mécréant aurait droit à toutes ses possessions. Ce jour-là, Abou Talha avait tué vingt mécréants et il a pris leurs biens. Abou Talha vit un poignard entre les mains d’Oumm Soulaym et lui en demanda la raison. Elle répondit : « Par Allah ! Si un mécréant s’approche de moi je l’éventerai avec ce poignard. » Abou Talha a relaté cela au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Ce récit est tiré du recueil d’Abou Daoud.

Anas relate que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a déclaré : « Dans toute l’armée, la voix d’Abou Talha suffit à couvrir celle de toute une multitude. » Dans d’autres récits il est dit que sa voix était plus forte que celle de 100 ou 1000 hommes.

Abou Talha est décédé à Médine en l’an 34 de l’Hégire et le Calife ‘Outhman a dirigé sa prière funéraire. Il avait soixante-dix ans selon certains récits. Mais selon les gens de Bassorah, Abou Talha serait décédé lors d’un voyage en mer et enterré sur une île.

Anas relate qu’Abou Talha n’observait pas de jeûne facultatif lors des djihads à l’époque du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) de peur qu’il ne s’affaiblît. Mais après le décès du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) il jeûnait tous les jours sauf pour l’Aid al-Fitr et l’Aid al-Adha.

Voici un récit sur l’hospitalité d’Abou Talha. Abou Hourayra relate qu’un visiteur se rendit chez le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Celui-ci envoya quelqu’un demander à ses épouses [de préparer un repas pour l’invité]. Elles répondirent qu’il n’y avait rien à la maison sauf de l’eau. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) demanda à ses compagnons : « Qui d’entre vous accueillera chez lui cet invité ? » Un Ansari répondit : « Moi ! » Il emmena l’invité chez lui et dit à sa femme : « Prépare un bon repas pour l’invité du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). » Sa femme répondit : « Nous n’avons rien à lui offrir. Le peu de repas suffira à peine à nourrir les enfants. » Le mari lui dit : « Prépare le repas et allume la lampe. Quand les enfants demanderont à manger, endors-les. » Elle prépara le repas et alluma la lampe et fit dormir ses enfants. Ensuite elle se leva et éteignit la lampe en feignant de l’ajuster. Et ils ont fait semblant de manger avec l’invité mais ne mangèrent rien durant toute la nuit. Lorsque l’Ansari se rendit auprès du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) le matin, il lui dit : « La nuit Allah en a ri. Votre action Lui a beaucoup plu. » Et Allah a révélé ce verset :

وَيُؤْثِرُونَ عَلَى أَنْفُسِهِمْ وَلَوْ كَانَ بِهِمْ خَصَاصَةٌ وَمَنْ يُوقَ شُحَّ نَفْسِهِ فَأُولَئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ

« Ils donnent préférence aux autres sur eux-mêmes, bien qu’ils soient eux-mêmes dans l’indigence. Et quiconque est débarrassé de la convoitise de sa propre âme – ce sont ceux-là qui prospéreront. » (59 : 11)

Anas relate que lorsque le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) s’était fait couper les cheveux, Abou Talha était le premier à en prendre [comme relique].

Il ajoute qu’un jour Abou Talha a dit à Oumm Soulaym : « La voix du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) semble faible. Je pense qu’il a faim. As-tu quelque chose à lui offrir ? » Oumm Soulaym a répondu : « Oui. » Et elle a apporté un peu de pain d’orge.

Anas relate : « Elle a sorti un voile et a emballé le pain dans un de ses coins. Elle a placé le pain dans ma main et m’a entouré le corps avec une partie du voile et m’a envoyé chez le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Je suis parti à la mosquée où se trouvait le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avec d’autres personnes. Je me suis mis debout à côté. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) m’a demandé : « Est-ce Abou Talha qui t’a envoyé ? » J’ai répondu à l’affirmatif. Il m’a ensuite demandé s’il m’avait envoyé avec de la nourriture. Et j’ai répondu affirmativement. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a dit aux autres : « Venez avec moi. » Au lieu de prendre la nourriture le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) est parti avec eux et je marchais devant lui. Nous sommes arrivés chez Abou Talha et je l’ai informé de l’arrivée du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). »

Abou Talha dit à Oumm Soulaym : « Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) vient avec des gens et nous n’avons pas de quoi tous les nourrir. » Ils n'avaient que quelques pains qu’ils avaient envoyés et que [le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.)] avait renvoyés. Oumm Soulaym a répondu : « Allah et son prophète savent le mieux. » Abou Talha est parti rapidement à la rencontre du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Anas était déjà de retour. L’Envoyé d’Allah est venu avec Abou Talha. Il a dit à Oumm Soulaym : « Apporte tout ce que tu as comme nourriture. » Quand elle a présenté le pain, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui a demandé de le briser. Elle y a placé un peu de beurre clarifié et a présenté cela comme repas. Ensuite le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a prié dessus en récitant la prière qu’Allah souhaitait. Ensuite il a dit : « Invitez dix personnes à l’intérieur. » Ils sont entrés et ils ont mangé à satiété. Lorsqu’ils sont sortis le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a demandé qu’on invite dix personnes de plus. Eux aussi ont mangé à satiété et sont sortis. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a demandé qu’on invite dix personnes de plus. Ceux-là sont entrés, ont mangé à satiété et sont sortis. En somme, ils ont tous mangé à satiété et ils étaient entre 70 ou 80. Ce récit a trait aux bénédictions émanant des prières du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

Anas Bin Malik relate qu’Abou Talha possédait, d’entre tous les Ansar, le plus grand nombre de palmiers à Médine. Sa palmeraie préférée était celle de Birha, située en face de la mosquée du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), qui s’y rendait pour en consommer son eau pure.  

Anas relate qu’Abou Talha s’adressa au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) après la révélation du verset :

لَنْ تَنَالُوا الْبِرَّ حَتَّى تُنْفِقُوا مِمَّا تُحِبُّونَ

« Jamais vous n’atteindrez la droiture à moins que vous ne dépensiez de ce que vous aimez. » (3 : 93) et lui dit ceci : « De tous mes biens, rien ne m'est plus cher que Birha. Aussi je la présente comme aumône au nom de Dieu. J'espère qu’Allah l’agréera et qu’il me servira de capital dans l’au-delà. Usez-en comme le souhaitera Dieu. » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a répondu : « Très bien ! Ceci est un placement gagnant ! J'ai bien entendu ce que tu viens de dire et je suis d'avis que tu dois la partager entre tes proches. » Abou Talha a répondu : « C'est ce que je vais faire, ô Messager de Dieu ! » Et il partagea la palmeraie entre ses proches et ses cousins.

Abou Talha eu l’honneur de faire descendre la dépouille d’une des filles du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) dans sa tombe suite aux instructions de l’Envoyé d’Allah.

Anas relate que la panique s’installa chez les habitants de Médine. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) monta sur le cheval très lent d’Abou Talha. Lorsqu’il rentra, il lui dit : « Ton cheval était très rapide. » Par la suite, le cheval s’avéra être le plus rapide [de Médine].

Anas relate : « Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) venait souvent nous rencontrer et disait à mon frère cadet en plaisantant : « Ô Abou ‘Oumayr ! Qu’a fait ton oiseau ? » En effet il élevait un oiseau qui était mort ou qui s’était envolé et il en était fort triste. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) le taquinait gentiment.

Anas relate : « Souvent le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) se trouvait chez nous à l’heure de la prière. Il nous demandait de redresser le lit sur lequel il se reposait. Nous le nettoyions et le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) se tenait debout pour la prière et nous nous placions derrière lui. »

‘Abdoullah Bin Abi Talha était le demi-frère d’Anas, du côté de sa mère et le fils d’Abou Talha.  Anas relate : « J’ai présenté ‘Abdoullah au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) qui portait son manteau et qui enduisait son chameau de goudron. Il m’a demandé : « As-tu des dattes ? » J’ai répondu à l’affirmatif et je lui en ai donné quelques-unes, qu’il a placées dans sa bouche et qu’il a très bien mâchées. Ensuite il les a mises dans la bouche de l’enfant qui les a sucées. Ensuite, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a déclaré : « Il aime les dattes des Ansar ! » Il a nommé l’enfant ‘Abdoullah.

Anas bin Malik relate : « Le fils d’Abou Talha était malade et il est décédé quand son père était à l’extérieur [de Médine]. Quand il est retourné, il a demandé à sa femme comment se portait l’enfant. Oumm Soulaym a répondu : « Il est plus tranquille qu’auparavant. » Ensuite, elle lui a présenté le dîner. Quand la nuit a traversé elle a informé son mari que l’enfant était mort et qu’il devait l’enterrer. Le matin Abou Talha en a informé le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Celui-ci a prié qu’Allah lui accorde des enfants. Par la suite, Abou Talha a eu un autre fils.

Hazrat Mouslih Ma’woud commente sur ce récit en ces termes : « Offrir sa vie n’est pas un grand sacrifice de la part d’un croyant. Les gens débattent sur le poète Ghalib pour tenter de connaître s’il consommait de l’alcool ou pas. Il m’est apparenté et j’ai entendu mes grands-mères maternelles et mes tantes dire qu’il consommait de l’alcool. Or ce poète habitué au vin a composé ces vers : « Certes j’ai offert ma vie, mais il Lui appartenait déjà. En vérité, je n’ai rien accompli. »

C’est-à-dire offrir notre vie dans la voie d’Allah n’est pas grand-chose étant donné que cette vie Lui appartenait déjà. Si une personne offre sa vie en obéissance à Dieu, ce ne sera pas là un grand sacrifice de sa part, car elle Lui appartient déjà. Retourner à son propriétaire le bien qui lui appartient n’est pas un grand sacrifice. On trouve le récit d’une femme compagnon [nommée Oumm Soulaym] dans les hadiths. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait envoyé son mari, Abou Talha, pour quelque service en faveur de l’islam. Son enfant était malade et il en était tout naturellement inquiet. L’enfant est décédé en son absence. La mère a couvert son enfant. Elle a pris son bain et s’est parfumée et s’est présentée pour accueillir son mari courageusement. Dès qu’il est entré il a demandé à propos de l’enfant. La femme a répondu qu’il était en paix. Le mari a mangé, s’est allongé et a eu des relations avec sa femme. Après leur union, la femme lui a demandé si elle pouvait lui poser une question. Son mari a répondu qu’elle pouvait le faire. Elle a demandé : « Si quelqu’un a confié un de ses biens à une tierce personne et qu’il lui demande de le restituer après quelque temps, doit-il le lui restituer ou pas ? » Le mari a répondu : « Quel sot ne retournera pas les biens d’un autre ? » La femme a dit : « Il sera peut-être triste de lui restituer ses biens. » Le mari a commenté : « Pourquoi sera-t-il triste ? Cela ne lui appartenait pas de toute manière. S’il le lui retourne pourquoi en sera-t-il triste ? » La femme a dit : « En ce cas, sache que notre enfant nous avait été confié par Dieu et que Celui-ci l’a repris. » Tel était le courage que possédaient ces femmes d'alors. Offrir sa vie n’est pas, pour un croyant, un grand sacrifice.

Selon le hadith cité plus haut, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a prié pour Abou Talha et il a eu un fils quelque temps après. Allah l’a tellement béni que selon l’un des Ansar il avait eu neuf fils qui étaient tous des Qaris.

‘Asim al-Ahwal relate : « J’ai vu un bol appartenant au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) chez Anas. L’on pouvait y deviner une fissure et Anas l’avait réparé avec de l'argent. Il s’agissait d’un bol très large et fabriqué avec du bois de bonne qualité. Anas relate qu’il avait souvent offert de l’eau au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) dans ce bol. »

Selon Ibn Sirin, ce bol a été réparé avec du fil de fer. Anas souhaitait le réparer avec de l’or ou de l’argent. Mais Abou Talha lui a demandé de le laisser tel qu’il était de l’époque du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Anas a changé d’avis.

Anas relate : « J’étais en train de servir du vin de dattes à Abou Talha Al-Ansari, Abou ‘Oubaydah Bin Al-Jarrah et à Oubay Bin Ka’b quand quelqu’un a annoncé que l’alcool était désormais interdit en Islam. En entendant cela, Abou Talha m’a dit : « Ô Anas, brise ces jarres de vin. » Je les ai brisées par le bas à coups de pierres. »

Anas bin Malik relate : « Quand le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) est décédé il y avait à Médine une personne qui creusait des tombes comprenant une cavité supplémentaire et un autre qui creusait des tombes toutes simples. Les compagnons ont dit : « Nous allons faire la prière istikhara et appeler les deux et prendrons le service de celui qui viendra en premier. » Ils ont invité tous les deux et celui qui creusait des tombes comprenant une cavité supplémentaire est venu en premier et les compagnons ont préparé pour le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) une tombe de ce style.

‘Allama Ibn Sirin relate qu’Abou Talha était celui qui creusait des tombes avec une cavité et Abou ‘Oubaydah Bin Al-Jarrah creusait des tombes toutes simples. Ceci clôt les récits sur Abou Talha.

Je vais maintenant faire brièvement mention d’un défunt, dont je vais diriger la prière funéraire après la prière. Il s’agit de Babou Muhammad Latif Amritsari, fils de Mian Noor Muhammad, compagnon du Messie Promis (a.s.). Il est décédé le 26 janvier 2020 à Rabwah à l’âge de 90 ans. Inna lillahi wa inna ilaihi raji’oun. Par la grâce d’Allah le défunt était Moussi. Il était le frère cadet du célèbre missionnaire de la communauté, Maulana Muhammad Sadiq Amritsari.

Le père de Babou Latif, Mian Noor Muhammad était un compagnon du Messie Promis (a.s.). Il emmena Babou Latif auprès du deuxième Calife, alors qu’il était très jeune, et le lui présenta afin de le dédier. Le deuxième Calife lui dit : « Tu as deux fils ; le premier a d’ores et déjà dédié sa vie et est en train de servir en tant que missionnaire. Celui-ci travaillera également toute sa vie comme une personne dédiée. »  Il a donc servi toute sa vie comme une personne dédiée. Après avoir travaillé pendant quatre ans et demi comme employé dans les chemins de fer, il s’est proposé pour travailler pour la communauté à partir d’octobre 1952. Il a été d’abord affecté au Nazarat Bait-ul-Mal, et en 1954 il a été affecté au bureau du quotidien Al-Fazl. En 1961, il a commencé à servir dans le bureau du secrétaire privé. Il y a servi pendant les trois dernières années de la période de califat du deuxième Calife, pendant toute la période de califat du troisième Calife et ensuite il a continué à servir, même après que le quatrième Calife ait immigré ici, au sein du bureau du secrétaire privé qui y est toujours ; il a eu l’opportunité d’y servir jusqu’en 2014. En 1985, il a commencé à servir en tant qu’assistant du secrétaire privé. Il s’est acquitté de ses responsabilités à merveille. Il a ainsi servi pendant 62 ans, dont 53 ans au sein du bureau du secrétaire privé où il a occupé différents postes. Il maîtrisait ce qu’il faisait, étant très méticuleux dans son travail. Il aimait également lire des livres qui portaient sur la religion ; il avait notamment lu très attentivement les livres de la communauté. Il a particulièrement participé à l’organisation des Majalis-e-Choura, surtout sous la période du troisième Calife, mais également par la suite.

Dans le cadre des projets qui étaient confiés au secrétaire privé, il était en charge des différents achats, lors desquels il avait en permanence le souci du détail, de dépenser à bon escient l’argent de la communauté et d’économiser les biens de celle-ci. Après la création de l’Etat du Pakistan, il a également eu l’opportunité de défendre le siège à Qadian ; il y avait résidé pendant quelque temps. Il avait cinq filles et un fils. Peu de temps avant son décès, l’une de ses filles est décédée. Elle était [l’épouse de] Zareef Ahmad Qamar et la mère d’un missionnaire. Le défunt avait trois filles et un fils, nommé Atiq Ahmad, qui travaille à Londres.

Rana Mubarak, employé au bureau du secrétaire privé, écrit : « J’ai travaillé à ses côtés pendant trente-deux ans. Pendant toute cette période le défunt s’occupait lui-même de la majorité des tâches liées à l’organisation des Majalis-e-Choura. Il avait l’habitude de dire qu’à chaque fois que nous faisons face à des difficultés et des soucis mondains, si nous faisons des supplications et travaillons encore plus (pour la communauté), Allah l’Exalté éloignera nos difficultés. Lorsque l’un de ses collègues commettait une erreur, il le corrigeait très gentiment. Ses autres anciens collègues ont également écrit qu’il travaillait beaucoup, et qu’il leur prodiguait des conseils.

Il avait une grande maîtrise des règles de l’Anjuman. Ayant un talent pour l’écriture, il utilisait pertinemment chaque mot. Dès qu’il commençait à utiliser un nouveau stylo, il écrivait en premier Bismillahir Rahmanir Rahim et ensuite il commençait à écrire. Il était très ponctuel lorsqu’il venait travailler, et ne repartait pas tout de suite quand il était l’heure, et ne quittait son bureau que lorsqu’il avait terminé son travail. Parfois il restait pour travailler toute la nuit et ne repartait que le lendemain matin. J’ai également été témoin de cela lorsque j’étais à Rabwah. Il travaillait beaucoup, à l’heure de Maghrib on le voyait venir de son bureau et à l’heure d’Icha également, parfois même à la prière de Fajr. Il s’investissait beaucoup dans son travail. Il ne se souciait jamais de rentrer chez lui ou ne se disait jamais qu’il devait rentrer seulement parce qu’il était l’heure de partir, son seul souci étant que le travail de la communauté avançât. L’une de ses grandes qualités était qu’il ne parlait jamais de choses confidentielles aux autres. Il gardait secret le contenu de toutes les lettres qu’il recevait.

Nasir Saeed a écrit : « En 1974, lorsque le troisième Calife se rendait à Islamabad (au Pakistan) pour se présenter à l’Assemblée Nationale, il s’y rendait aussi en tant que membre du personnel du bureau du secrétaire privé. En plus d’être impliqué dans son travail, il aidait également les autres. Il faisait la vaisselle avec ses collègues. C’était une personne désintéressée. Qu’Allah fasse preuve de pardon et de miséricorde à son égard, qu’Il exalte son rang et qu’Il permette à ses enfants et à sa progéniture de perpétuer ses actes de piété.


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