Sermon du vendredi 07 décembre 2018, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Baitul-Futuh à Londres. Après le Ta'awudh, le Tashahoud et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a déclaré :

Le premier compagnon que j’évoquerai aujourd’hui s’appelle ‘Ubayd Bin Zayd al-Ansari. Il appartenait à la tribu des Banou ‘Ajlan et avait participé aux batailles de Badr et d’Ouhoud. Le père de Mu’adh Bin Rifa’ rapporte : « Mon frère Khallad Bin Rafi’ et moi-même sommes montés sur un chameau faible et boiteux pour accompagner le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) à Badr. ‘Ubayd Bin Zayd nous avait accompagnés. Quand nous sommes arrivés à un lieu situé avant Rawha, notre chameau s’est assis. J’ai prié : « Ô Allah ! Si Tu nous fais retourner à Médine [sur ce chameau], nous le sacrifierons. » Nous étions dans cette condition quand le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) est passé à côté de nous. Il nous a demandés : « Qu’est-ce qui vous arrive ? » Nous lui avons tout raconté. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) s’est arrêté. Il a fait ses ablutions, ensuite il a placé sa salive dans l’eau qui restait. Suivant ses directives nous avons ouvert la bouche du chameau et y avons mis un peu de cette eau. Nous en avons mis sur sa tête, son cou, ses épaules, sa bosse, son dos et sa queue. Ensuite le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a prié : « Ô Allah ! Transporte sur ce chameau Rafi’ et Khallad. » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) est parti et nous lui avons emboîté le pas. Nous l’avons rattrapé au lieu-dit Mansaf et notre chameau était le premier de la caravane. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a souri lorsqu’il nous a vus. Nous avons avancé jusqu’à Badr. En retournant de Badr lorsque nous sommes arrivés à Mousalla, le chameau s’est assis de nouveau. Mon frère l’a égorgé et a distribué sa viande en aumône. »

‘Ubayd Bin Zayd les avait accompagnés.

Zahir Bin Haram Al-Ashja’i est un autre compagnon ayant participé à la bataille de Badr. Il appartenait à la tribu Ashja’a et avait accompagné le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) à Badr. Anas Bin Malik relate que Zahir était un brave homme de la campagne. Il présentait au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) des cadeaux de la campagne. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) lui offrait des biens lorsqu’il rentrait chez lui. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) disait : « Zahir est notre ami de la campagne et nous sommes ses amis de la ville. » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) l’aimait. Zahir n’était pas très beau. Un jour alors qu’il vendait ses produits dans le marché, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) est passé par là et l’a serré dans ses bras par-derrière. Selon un récit le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait posé ses mains sur ses yeux par-derrière et Zahir ne pouvait le voir. Il a demandé qui c’était et qu’on le laisse tranquille. Lorsqu’il s’est tourné il a reconnu le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) [par-dessus son épaule]. Sur ce il a frotté son dos sur la poitrine du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Celui-ci a dit en plaisantant : « Qui achètera cet esclave ? » Zahir a répliqué : « Ô Envoyé d’Allah vous allez faire de la perte en me vendant ! Qui voudra bien m’acheter ? » Sur ce le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a répliqué : « Aux yeux d’Allah, tu n’es pas un produit déficitaire. » Ou il a dit : « Aux yeux d’Allah tu as une grande valeur. »

Hazrat Mouslih Maw’oud (r.a.) a lui aussi évoqué cette affection du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Il raconte : « Le Saint Prophète(s.a.w.) passait dans le marché quand il vit un musulman, qui n’était pas très beau, transportant une lourde charge par un jour torride. Il était couvert de sueur et de poussière. Le Saint Prophète(s.a.w.) s’approcha doucement de lui par-derrière et, comme font parfois les enfants par jeu, il couvrit de ses mains les yeux de l’homme, attendant qu’il devine qui il était. L’homme en palpant ses mains moelleuses comprit qu’il s’agissait du Saint Prophète(s.a.w.). Par amour, il frotta son corps couvert de poussière et de sueur contre les vêtements du Prophète(s.a.w.). Celui-ci souriait et dit : « Je possède un esclave ! Quelqu’un voudra-t-il l’acheter ? » L’homme répondit : « Ô messager d’Allah(s.a.w.) ! Personne au monde ne sera prêt à m’acheter. » Le Prophète(s.a.w.) dit : « Non ! Non ! Tu ne dois pas dire cela. Tu vaux très cher aux yeux de Dieu ».

Ces personnes ont profité de ces sublimes expressions d’amour du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.).

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait déclaré : « Chaque citadin a un ami de la campagne. Zahir Bin Haram est l’ami campagnard de la famille du Prophète. »

Plus tard, Zahir Bin Haram s’est établi à Koufa.

Zayd Bin al-Khattab est le prochain compagnon que j’évoquerai. Il était le frère aîné d’Oumar Bin Al-Khattab et avait accepté l’islam avant celui-ci. Il était aussi parmi les premiers émigrants. Il avait participé aux batailles de Badr, d’Ohoud, et du fossé, ainsi qu’à Houdaybiya, à la Bai’ah de Ridwan ; en somme, à toutes les batailles menées par le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Celui-ci avait établi un lien de fraternité entre Zayd Bin Al-Khattab et Mu’an Bin Adi. Tous les deux sont tombés en martyrs lors de la bataille de Yamama.

Lors de la bataille d’Ouhoud, ‘Oumar a demandé, au nom de Dieu, à Zayd, son frère aîné, de porter sa cotte de mailles. Zayd l’a fait pendant quelque temps lors de la bataille et l’a ensuite enlevé. Quand Oumar lui en a demandé la raison, Zayd a répondu : « Je souhaite comme toi tomber en martyr. » Tous les deux ont laissé l’armure.

Zayd Bin al-Khattab relate que lors du dernier pèlerinage le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a déclaré : « Traitez bien vos esclaves. Traitez bien vos esclaves. Nourrissez-les de ce que vous consommez. Vêtez-les de ce que vous portez. Et s’ils commettent une faute que vous ne pouvez pardonner, vendez-les, ô serviteurs de Dieu, et ne les punissez pas. »

Quand les musulmans ont battu en retraite lors de la bataille de Yamama, Zayd Bin al-Khattab a prié à haute voix : « Ô Allah ! Je te demande pardon pour la fuite de mes compagnons. Je me disculpe, à Tes yeux, des actions de Musaylama al-Kadhdhâb et Muhaqama Bin Tufayl. » Ensuite, il prit l’étendard des musulmans, avança fermement dans la direction de l’ennemi et se battit vaillamment tant et si bien qu’il tomba en martyr.

Après son martyre, ‘Oumar pria : « Ô Allah, fais miséricorde à Zayd ! Mon frère m’a dépassé dans l’accomplissement de deux bonnes œuvres. Il a accepté l’islam avant moi et il est tombé en martyr avant moi. »

Selon un récit, ‘Oumar entendit Mutamim Bin Nuwayra réciter une élégie après la mort de son frère Malik Bin Nuwayra. ‘Oumar déclara : « Si j’étais aussi bon poète que toi j’aurais composé des vers tout aussi touchants que les tiens en hommage à mon frère. » Mutamim Bin Nuwayra répondit : « Si mon frère avait quitté le monde à la manière du vôtre, je n’aurais jamais exprimé ma tristesse. »

‘Oumar répondit : « Avant toi, personne ne m’a présenté pareilles condoléances ! »

Il existe d’autres détails à propos de ce récit. ‘Oumar dit à Mutamim Bin Nuwayra : « Tu es fort triste après la mort de ton frère. »

Mutamim Bin Nuwayra indiqua dans la direction d’un de ses yeux et dit : « J’ai perdu cet œil dans cette tristesse. J’ai tellement pleuré avec le bon œil que l’œil borgne a aussi pleuré en soutien. »

‘Oumar commenta : « Personne d’autre n’a jamais ainsi exprimé sa tristesse suite au décès d’un proche ! Allah aie pitié de Zayd Bin Al-Khattab ! Si j’étais à même de composer des vers j’aurai exprimé ma tristesse comme toi. »

Mutamim Bin Nuwayra répondit : « Ô Emir des croyants ! Si mon frère était tombé en martyr lors de la bataille de Yamama comme le vôtre, je n’aurais jamais pleuré sa mort ! »

Cette parole toucha le cœur d’Oumar et il fut satisfait du sort de son frère, lui qui était très triste de la séparation. Il disait : « Quand soufflait la brise du matin je sentais le parfum de Zayd. »

Rijal Bin Ounfawa, l’un des compagnons de Musaylama le menteur, a été tué par Zayd.

Selon un récit Rijal Bin Ounfawa se nommait aussi Nihar. Il avait embrassé l’islam, avait émigré et était un Qari (lecteur) du Coran. Par la suite il s’était joint à Musaylama.

D’où l’importance de toujours prier pour qu’on ait une bonne fin.

Rijal Bin Ounfawa dit [Musaylama] : « J’ai entendu que Mohammad (s.a.w.) t’avait offert une part de sa Noubouwwah (son prophétat). »

Rijal était la plus grande source d’égarement de la tribu des Banou Hounayfa.

Abou Hourayra relate qu’il était assis en compagnie du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avec une délégation. Rijal Bin Ounfawa était aussi présent. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) dit : « L’un des vôtres sera au fond du feu et causera l’égarement d’une nation. »

« Rijal Bin Ounfawa et moi-même n’étions pas égarés, dit Abou Hourayra. J’étais resté inquiet à ce propos jusqu’au moment où Rijal Bin Ounfawa se fût joint à Musaylama et eût témoigné en faveur de sa Noubouwwah. »

Rijal Bin Ounfawa fut tué lors de la bataille de Yamama par Zayd Bin al-Khattab.

Zayd bin al-Khattab tomba en martyr entre les mains d’Abou Maryam Al-Hanafi. Un jour, alors qu’Abou Maryam avait déjà accepté l’islam, ‘Oumar lui demanda : « Avais-tu assassiné Zayd ? » Il répondit à Oumar : « Ô Emir des Croyants, Allah l’Exalté a honoré Zayd de par mes mains, et ne m’a pas déshonoré par les siens. » ‘Oumar demanda à Abou Maryam : « Selon toi, lors de la bataille de Yamama, combien de tes hommes les musulmans avaient-ils tués ? » Abou Maryam répondit : « Mille quatre cents ou un peu plus. » ‘Oumar répondit : « Ces morts ont connu une mauvaise fin. » Abou Maryam de dire : « Toutes les louanges appartiennent à Allah l’Exalté qui m’a épargné et qui m’a permis d’accepter la religion qu’Il a choisie pour Son Prophète et pour les musulmans ! » ‘Oumar se réjouit de cette réponse d’Abou Maryam. Abou Maryam fut par la suite nommé juge de Bassora.

Le prochain compagnon dont je vais faire mention est ‘Oubada Bin Khashkhâsh. Waqidi affirme qu’Oubada Bin Khashkhâsh s’appelait ‘Oubada bin Hassas, alors que selon Ibn Minda il s’appelait ‘Oubada Bin Khashkhâsh al-Ambari. Il appartenait à la tribu des Bali. Il était le cousin paternel et maternel de Mujzar Bin Zayd. Il était l’allié des Banou Sâlim. ‘Oubada Bin Khashkhâsh avait participé à la bataille de Badr ; il avait emprisonné Qays bin Saiq lors de cette bataille. ‘Oubada Bin Khashkhâsh décéda lors de la bataille d’Ouhoud. Il fut enterré dans une même tombe avec Nou’man Bin Malik et Mujzar Bin Ziyad.

Le prochain compagnon dont je fais mention s’appelle ‘Abdullah bin Jad. Son père s’appelait Jad Bin Qays et son nom d’emprunt était Abou Wahab. Il appartenait au clan de Banou Salma des Ansar. Muâdh bin Jabal était son frère du côté de sa mère. ‘Abdullah bin Jad avait participé aux batailles de Badr et d’Ouhoud.

Lors de la bataille de Tabouk, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait dit à Abou Wahab, qui était le père d’Abdullah bin Jad : « Abou Wahab, ne vas-tu pas sortir cette année avec nous pour faire la guerre ? » Abou Wahab répondit : « Veuillez m’en excuser, ne m’éprouvez pas. » Il a avancé un prétexte assez étonnant devant le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Il dit : « Mon peuple sait que je suis un grand admirateur des femmes. Si je regarde celles des Romains, je ne pourrai me contrôler. » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) se détourna de lui et l’excusa. Voyant qu’il cherchait des prétextes, il lui permit de ne pas participer à la bataille. Lorsqu’il eut connaissance de cela, ‘Abdullah bin Jad vint à la rencontre de son père et lui demanda : « Pourquoi n’as-tu pas répondu favorablement à l’appel du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ? Par Dieu, tu es le plus riche des Banou Salama, et aujourd’hui tu as l’occasion de participer à cette bataille. Mais tu ne veux pas le faire, et de plus tu n’offres de monture à personne ! »

Il avança un nouveau prétexte devant son fils, lui dévoilant la vérité : « Ô mon fils, pourquoi veux-tu que j’avance par cette chaleur et dans ces conditions difficiles vers les Romains ?  Par Dieu, même ici à Khourba (là où se trouvaient les demeures des Banou Salama) je ne me sens pas à l’abri des Romains entre les murs de ma maison. » Il avait très peur des Romains : il n’était qu’un peureux. Il ajouta : « Dois-je livrer bataille contre eux ? Ô mon fils j’ai connu de nombreuses circonstances, et elles changent très rapidement. » En entendant cela, ‘Abdullah durcit le ton envers son père, et dit : « Par Dieu, tu es hypocrite, et certainement Allah l’Exalté révélera un verset à ton sujet dans le Saint Coran et tout le monde pourra lire. Allah dévoilera ton hypocrisie ! » Sur ce le père d’Abdullah enleva sa chaussure et la lança sur le visage de son fils. ‘Abdullah partit sans dire un mot. Dans le recueil d’Usud al-Ghâba, on trouve mention de l’hypocrisie de Jad bin Qays. Il avait participé à l’expédition de Houdaybiya, mais n’étais pas présent lorsque les gens ont fait la Bai’ah sur la main du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). On dit qu’il s’était repenti par la suite et qu’il décéda sous le Califat d’Outhman.

Le prochain compagnon se nomme Harith bin Aus bin Mua’dh : il était le neveu du chef de la tribu des Aus, Sa’d bin Mua’dh. Il avait participé aux batailles de Badr et d’Ouhoud. Il est rapporté qu’il est tombé en martyr lors de la bataille d’Ouhoud à l’âge de 28 ans, mais selon d’autres sources on apprend qu’il n’y est pas tombé en martyr. ‘Aishara a déclaré : « Après la bataille d’Ouhoud, je suis sortie en suivant les pas des gens, lorsque derrière moi j’entendis un bruit. Lorsque je me retournai je vis Sa’d bin Mu’adh aux côtés de son neveu Harith bin Aws qui tenait son bouclier. » Cela démontre qu’il était encore vivant après la bataille d’Ouhoud. Il est rapporté au sujet de Harith qu’il faisait partie du groupe qui avait tué Ka’b bin Ashraf ; il avait été blessé au pied lors de cette attaque, et du sang en coulait. Les compagnons le portèrent jusqu’au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Ka’b bin Ashraf faisait partie des chefs de Médine qui avaient signé un pacte avec le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), mais il avait par la suite essayé de se rebeller, et le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ordonna son exécution.

Dans le Sharh de ‘Oumdat al-Qari on trouve mention de sa blessure. « Mohammad bin Maslama avait attaqué Ka’b bin Ashraf avec d’autres compagnons, et ils l’assassinèrent. L’un des compagnons, Harith bin Aus, reçut un coup d’épée d’un de ses compagnons et il fut blessé. Il fut transporté rapidement à Médine et présenté au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Celui-ci apposa sa salive sur la blessure de Harith bin Aus, et dès lors il ne souffrit plus. »

Hazrat Mirza Bashir Ahmad a évoqué la raison de l’assassinat de Ka’b Bin Ashraf. J’en ai fait mention dans le passé. Je compte maintenant présenter d’autres détails à la lumière des écrits de Hazrat Mirza Bashir Ahmad. Certains faits seront tout de même réitérés ici.

Bien que Ka’b fût un juif de confession, il ne l’était pas de descendance : il était arabe. Son père, Ashraf, était un homme intelligent et rusé des Banou Nibhan, qui s’étaient établis à Médine : il s’est lié d’amitié avec les Banou Nadir et est devenu leur allié. Ashraf a réussi à amasser un tel pouvoir et une telle influence qu’Abū Rāfi ’bin Abil-Houqaiq, le chef des Banou Nadir, lui a donné sa fille en mariage. De cette union est né Ka’b, qui en grandissant a eu un statut encore plus éminent que celui de son père, tant et si bien que tous les Juifs de l’Arabie l’ont pris pour chef.

En sus d’être un homme bien bâti et beau, Ka’b était aussi un poète éloquent et un homme très riche. Usant de sa fortune, il maintenait tous les savants et autres personnalités influentes de sa nation sous son contrôle. D’un point de vue moral, il était totalement corrompu, un maître dans l’art des complots et conspirations. Lorsque le Saint Prophète a émigré à Médine, Ka’b bin Ashraf, avec les autres Juifs, a signé le traité entre eux et le Saint Prophète.

Hazrat Mirza Bashir Ahmad a mentionné une foule de détails. J’en évoquerai certains points, brièvement.

Ka’b bin Ashraf, avec les autres Juifs, a signé le traité entre eux et le Saint Prophète eu égard à l’amitié mutuelle, la paix, la sécurité et la défense collectives. Or au profond de Ka’b, le feu de la méchanceté et de l’hostilité brûlait. Il avait signé le pacte mais il était un hypocrite et nourrissait de la malveillance. En raison de cette hostilité, il a commencé à s’opposer à l’islam et à son Fondateur à travers des complots et des intrigues. Notons que Ka’b offrait chaque année des sommes importantes aux érudits juifs et aux chefs religieux. Après l’émigration du Saint Prophète, quand lesdits érudits sont venus recueillir leurs allocations annuelles, Ka’b a mentionné le Saint Prophète et s’est enquis à son propos à la lumière des écritures religieuses juives. Les érudits ont répondu qu’il leur semblait être le prophète qui leur avait été promis. Ka’b, très mécontent de cette réponse, les a renvoyés en les traitant de tous les noms ; et il ne leur a pas versé leurs allocations.

Quand les érudits juifs ont perdu leurs salaires, ils sont revenus voir Ka’b après un certain temps et lui ont dit qu’ils avaient mal interprété les signes et qu’ils avaient découvert qu’en réalité Muhammad n’était pas le prophète promis. Ka’b, satisfait de leur réponse et ayant atteint son but, a rétabli leurs allocations annuelles. En tout cas, il s’agissait simplement d’une opposition religieuse, qui, bien qu’exprimée de manière désagréable, n’était pas condamnable : Ka’b ne méritait pas la condamnation en raison de pareils actes de sa part. Seulement voilà : son opposition allait prendre une forme dangereuse. C’est ainsi qu’après la bataille de Badr, il a commencé à comploter et à fomenter la sédition, mettant ainsi les musulmans en danger. Avant la bataille de Badr, Ka’b croyait que le zèle religieux des musulmans était temporaire et que petit à petit ils se disperseraient et retourneraient à leur religion ancestrale.

Or quand les musulmans ont triomphé à Badr et que la plupart des chefs des Qurayshites aient été tués, Ka’b est devenu inquiet. Après Badr, il s’est résolu de faire de son mieux pour détruire complètement l’islam. 

La première expression de sa rancœur et de sa jalousie a été quand la nouvelle de la victoire de Badr est parvenue à Médine. En l’entendant, Ka’b a cru au début qu’elle était fausse. Quand cette nouvelle a été confirmée et que Ka’b a compris que la victoire de Badr avait offert à l’islam une force qui dépassait ses rêves les plus fous, la colère et rage l’ont submergé. Il s’est mis en route immédiatement dans la direction de La Mecque. Une fois sur place, grâce à son éloquence et sa maîtrise de la poésie, il a attisé le feu dans le cœur des Qurayshites. Il a engendré dans leurs cœurs une soif intarissable pour le sang musulman et les a emplis de sentiments de vengeance et d’inimitié. Ayant attisé leur haine Ka’b a emmené les Qurayshites dans la cour de la Ka’bah, leur remettant ses draps dans leurs mains, et il leur a demandé de jurer qu’ils ne se reposeraient pas jusqu’à ce que l’islam et son fondateur n’aient disparu de la face de la terre.

Après avoir enflammé les esprits à La Mecque, ce fauteur de troubles a voyagé de tribu en tribu dans l’Arabie tout entière, incitant les gens contre les musulmans. Ensuite, il est retourné à Médine et a composé des couplets provocateurs et obscènes à propos des femmes musulmanes. 

Il n’a pas épargné les femmes de la maison du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et a diffusé ses couplets infamants dans tout le pays. En fin de compte, il a ourdi un complot pour faire assassiner le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Il l’a invité dans sa résidence pour un festin, et avec l’aide de quelques jeunes hommes Juifs il a tenté de faire assassiner le Saint Prophète. 

Par la grâce de Dieu, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait reçu l’information en avance et son plan a échoué. Ainsi, lorsque la situation empira, et qu’il était évident que Ka’b était coupable de la violation du traité, de rébellion, d’incitation à la guerre, de sédition, d’usage de langage vulgaire et de complot pour assassiner le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), celui-ci a déclaré que Ka’b Bin Ashraf était susceptible d’être mis à mort en raison de ses actions. À la lumière du traité conclu entre les habitants de Médine à son arrivée, le Saint Prophète était désormais le chef de l’exécutif et le commandant en chef de l’État démocratique de la ville. Suite à ces faits, il a ordonné à certains de Ses Compagnons d’exécuter Ka’b Bin Ashraf en raison de ses agissements. Suite aux campagnes séditieuses de Ka’b, l’atmosphère était tendue à Médine à l’époque : une annonce officielle de son exécution aurait déclenché une guerre civile à Médine et beaucoup de sang aurait coulé. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était prêt à tout faire pour éviter la violence intercommunautaire et l’effusion de sang.

Ainsi, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ordonna que Ka’b fût exécuté secrètement par quelques individus. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) confia cette mission à un fidèle compagnon de la tribu des Aws nommé Muhammad bin Maslamah et souligna que le plan devait être exécuté avec le conseil de Sa’d bin Mu’adh, qui était le chef de sa tribu. Muhammad bin Maslamah déclara : « Ô Messager d’Allah ! Afin de le tuer secrètement, nous serons obligés de trouver une excuse pour l’attirer hors de sa résidence et pour l’exécuter dans un endroit sûr. » Le Saint Prophète commenta : « Très bien. » Suite aux conseils de Sa’d bin Mu’adh, Muhammad bin Maslamah prit Abou Na’ila et deux ou trois autres Compagnons et se rendirent à la résidence de Ka’b. Ils le prièrent de sortir et lui dirent : « Notre chef (c’est-à-dire, Muhammad) exige de l’aumône de notre part alors que nous sommes en difficulté. Auras-tu l’obligeance de nous accorder un prêt ? » En entendant cela, Ka’b sauta de joie et déclara : « Par Dieu ! Ce n’est rien ! Le jour n’est pas loin quand vous l’abandonnerez ! » Muhammad Bin Maslamah répondit : « En tout cas, nous avons déjà accepté Muhammad et attendons maintenant de voir le résultat final de ce mouvement. Mais dis-nous si tu nous feras ce prêt ? »

« Bien sûr !, déclara Ka’b, mais vous devrez déposer des garanties. » Muhammad a demandé : « Quelles sont tes exigences ? » Le misérable répondit : « Laissez vos femmes en gages. » En réprimant sa colère, Muhammad commenta : « Comment est-il possible pour nous de laisser nos femmes en garantie avec un homme comme toi ! » L’autre répondit : « Vos fils feront l’affaire. » Muhammad ajouta : « Impossible. Nous ne pourrons pas endurer les reproches de l’Arabie tout entière. Par contre, si tu es assez généreux, nous sommes prêts à laisser nos armes avec toi comme garantie. » Ka’b accepta, et Muhammad bin Maslamah et ses compagnons partirent avec la promesse de revenir la nuit. À la tombée de la nuit, ils se présentèrent à la résidence de Ka’b avec leurs armes. Ayant conduit Ka’b dans un coin hors de chez lui pour les discussions, les compagnons tuèrent Ka’b.

Lors de l’opération Zayd mentionné plus haut a été blessé par l’épée d’un de ses compagnons. Muhammad bin Maslamah et ses compagnons se présentèrent au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et l’informèrent de l'exécution. Les nouvelles de l’exécution de Ka’b ébranlèrent la ville et le peuple juif était furieux. Le lendemain, au matin, une délégation juive se présenta au Saint Prophète et se plaignit que leur chef Ka’b bin Ashraf avait été assassiné. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) ne nia rien ni ne feignit-il l’ignorance. Il dit : « Êtes-vous également au courant des crimes dont il est coupable ? » 

Le Saint Prophète leur a brièvement rappelé tous ses méfaits, à savoir, le non-respect du traité, l’incitation à la guerre, la sédition, l’usage d’un langage grossier et la conspiration d’assassinat. Sur ce, les Juifs prirent peur et ne prononcèrent pas un mot. Ils comprirent que tout cela était vrai et qu’il méritait d'être puni. Le Saint Prophète ajouta : « Au moins à partir de maintenant, vous feriez bien de vivre en paix et d’éviter d’attiser l’hostilité, la violence et les troubles. »  

Un nouveau traité fut signé avec les Juifs et ils promirent de cohabiter avec les musulmans en paix et de ne plus fomenter des troubles.

Ce pacte fut confié à ‘Ali. L’histoire ne dit pas si les juifs, par la suite, évoquèrent l'assassinat de Ka’b et en accusèrent les musulmans. En effet, ils avaient compris que Ka’b avait mérité son châtiment. Hazrat Mirza Bashir Ahmad Saheb écrit : « Les historiens occidentaux objectent que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait commis un assassinat illégal et que cet acte était condamnable. Or ce ne fut pas le cas, car Ka’b Bin Ashraf avait signé un pacte avec le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Loin de promettre qu’il ne mènera pas de campagne contre les musulmans, il avait promis d’aider ces derniers contre tout ennemi extérieur et qu’il maintiendrait des liens d’amitié avec les musulmans. Il avait aussi accepté le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) comme chef de l’État démocratique établi à Médine ainsi que l’arbitre de tous les différends [entre les juifs] et que ses verdicts seraient applicables par eux. L’histoire prouve aussi que selon ce traité les juifs présentaient leurs doléances aux Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) qui jugeait alors entre eux. En pareilles circonstances Ka’b a fait fi de ce pacte ; non seulement a-t-il été coupable de traîtrise à l’égard des musulmans mais il l’a aussi été envers l’Etat car le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en était le chef. Il a semé la graine de l'insurrection à Médine et a attisé la guerre dans le pays. Il a soulevé, de manière dangereuse, les tribus arabes contre les musulmans et a composé des vers scandaleux sur les femmes musulmanes.

Ensuite il a ourdi des complots pour assassiner le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Il a commis ces méfaits à une époque où les musulmans étaient déjà assaillis de tous les côtés. Ils étaient en proie à des conditions terribles. La litanie des crimes de Ka’b méritait d’être condamnée et une procédure fût initiée à son encontre. »

Mirza Bashir Ahmad Saheb continue : « Aujourd’hui dans les pays développés, la rébellion, le non-respect d’un pacte, attiser la guerre et comploter un assassinat sont sanctionnés par la peine de mort. Pourquoi soulever une objection à ce sujet ? »

La deuxième objection soulevée était au sujet de la manière dont il a été assassiné. On demande pourquoi a-t-il été tué secrètement en pleine nuit ? Sur ce point, il répond : « N’oublions pas qu’à l’époque, il n’existait pas d’État souverain en Arabie. Un chef a certes été nommé et c’est lui qui prenait les décisions. Mais en dépit de cela toute personne et toute tribu étaient libres et autonomes. Elles pouvaient prendre leurs [propres] décisions. Lorsqu’il fallait prendre des décisions collectives, on venait consulter le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), mais si les tribus souhaitaient prendre des décisions de façon indépendante, elles pouvaient le faire également. Alors, dans ces conditions, dans quel tribunal allait-on déférer Ka’b, et d’où émanerait l’ordre de son exécution ? On dit qu’une plainte aurait dû être déposée auprès des juifs dont il était le chef. Mais les juifs avaient déjà fait preuve de trahison à l’encontre des musulmans ; ils essayaient continuellement de semer le désordre.

Ce n’était pas la peine de demander justice aux tribus de Soulaym et Ghatfân, qui depuis quelques mois avaient essayé à trois ou quatre reprises d’attaquer Médine. Ces tribus étaient sous l’autorité de Ka’b. De ce fait il était vain d’escompter une quelconque justice de leur part. »

Ensuite Mirza Bashir Ahmad écrit : « Réfléchissez sur la situation qui régnait à ce moment : quelle autre solution les musulmans avaient-ils ? La vie de cet homme, qui avait attisé l’insurrection, qui avait lancé un appel à la guerre, qui semait le désordre, et qui ourdissait des complots d’assassinat, était devenue dangereuse pour les musulmans et pour la paix du pays. Dans une perspective de défense, il était donc plus convenable de l’assassiner dès que la situation se présentait. Il est plus préférable d’éliminer un homme mauvais et semant le désordre, que de mettre en danger la vie de milliers d’habitants pacifiques, et de compromettre ainsi la paix de tout un pays. »

Allah l’Exalté déclare également que semer le désordre est pire que le meurtre.

Eu égard au pacte conclu entre les musulmans et juifs suite à l’Hégire, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) n’avait pas le statut d’un citoyen ordinaire. Il avait été nommé chef de Médine par le peuple, et il avait ainsi l’autorité de rendre son verdict sur les différends et sur des faits politiques. Si pour maintenir la paix dans le pays, il avait émis l’ordre d’exécuter Ka’b qui perpétrait le désordre, sa décision n’était pas surprenante. Les objections des gens contre de l’islam après 1300 ans, sont totalement infondées, car à l’époque, après avoir entendu sa décision, même les juifs n’avaient soulevé aucune objection et ce pour une longue période. »

Tel était le contexte de ces faits. Zayd avait pris part à cet assassinat, il faisait partie de l’équipe envoyée pour l’exécution. Toutes les accusations d’extrémisme contre le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et l’islam sont infondées. Ka’b méritait d’être châtié et en tant que chef du gouvernement le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) l’avait condamné. Je termine aujourd’hui sur ce récit.

Qu’Allah protège l’islam de ces troubles. Aujourd’hui les musulmans les perpétuent au lieu de tirer des leçons de leur histoire. Ils sont aujourd’hui à l’origine de ces maux : qu’il s’agisse des populations ainsi que des gouvernements musulmans. Qu’Allah le Très-Haut en protège l’islam et qu’Il permette aux musulmans d’accepter le Réformateur de cette époque envoyé par Allah pour la renaissance de l’islam.


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