Sermon du vendredi prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, le 10 janvier 2014, dans lequel il évoque les moyens pour combattre la déchéance morale.

Deux semaines auparavant j’avais évoqué la réforme de soi en puisant dans des sermons prononcés par le deuxième Calife. J’avais souligné qu’il est nécessaire que nous enlevions les obstacles qui entravent cette voie si nous désirons en tant que djama’at atteindre les plus hauts sommets de la réforme. J’avais aussi signalé qu’il est plus difficile de réformer notre conduite que de rectifier nos opinions religieuses.

A cet effet, il convient de rappeler que la mission du Messie Promis (a.s.) ne se limitait pas à corriger les erreurs qui se sont glissées dans nos croyances. Il a souligné l’importance de nouer une relation [sincère] avec Dieu et de réformer notre conduite et [d’encourager] les hommes à respecter leurs devoirs envers autrui.

Le Messie Promis (a.s.) affirme à ce sujet : « Sachez que de simples discours ne serviront à rien tant qu’ils ne seront pas accompagnés d’actions concrètes. Des paroles en l’air ne valent rien aux yeux de Dieu. […] Alourdissez votre foi et sachez que l’action est son ornement. Si la conduite de l’homme n’est pas digne, sa foi ne vaudra rien… »

Si nous désirons soutenir la mission du Messie Promis (a.s.) et atteindre son objectif, chacun d’entre nous doit s’évertuer à enlever les obstacles qui entravent notre réforme spirituelle. Nous devons prendre les mesures appropriées car c’est grâce à la réforme de notre conduite que nous pourrons triompher. Et c’est aussi en vertu de ces améliorations que nous aurons la force pour réformer les autres.

Le but de notre victoire n’est point de subjuguer autrui ou pour des objectifs mondains. Notre motivation est de placer le cœur de l’humanité aux pieds de Dieu et de Son Prophète (saw). Mais s’il n’existe aucune distinction entre les autres et nous, pourquoi donc le monde pendra-t-il la peine de nous écouter ?

Nous devons renforcer nos œuvres et nous maintenir fermement sur cette voie. Nous devons captiver les autres au lieu de tomber sous leur charme.

Etant donné que le matérialisme règne en maitre en ces temps qui courent une grande vigilance est de mise quant à notre état [moral] : nous devons aussi nous préserver de l’influence [néfaste] du monde. De surcroit il faudra extirper l’humanité de cette atmosphère satanique afin que nous et la majorité des hommes nous puissions assumer nos devoirs envers Dieu.

Il faut aussi que nous ayons l’énergie nécessaire pour éviter les obstacles qui entravent cette voie. Afin de combattre [les maux de] ce monde il convient aussi que nous édictions certaines règles qu’il nous incombera de respecter. Pour se faire nous devons sacrifier notre égocentrisme et générer aussi [une] atmosphère [propice à la réforme]. Sans appliquer ces principes c’est l’échec assuré.

Le monde est aujourd’hui à l’échelle d’une ville, voire d’un quartier. La dépravation perpétrée à vingt mille lieues d’ici pénètre dans chaque foyer grâce aux médias. Et il en est de même des vertus présentes en toute nation. Mais dans l’ensemble l’immoralité se répand plus rapidement que la vertu. De surcroit la définition du bien et du mal a changé : ce qui est considéré comme un acte immoral dans un pays musulman ne l’est pas dans une société matérialiste où le fait religieux a disparu. Ce qui est immoral pour nous est insignifiant pour les gens de ce monde, voire c’est une vertu [à leurs yeux.].

Le deuxième Calife a cité l’exemple de la danse en Occident. En son temps ce n’était pas une pratique commune, du moins, la danse se pratiquait en des lieux particuliers. Aujourd’hui grâce à la télévision et Internet la danse est monnaie courante : elle se pratique même lors des réunions familiales au nom du divertissement. Et pendant les mariages certaines formes de danses particulièrement indécentes sont pratiquées. Une famille ahmadie doit certainement s’en protéger.

Le deuxième Calife affirme que la danse s’est répandue en Occident tandis qu’elle était vue d’un mauvais œil auparavant. Les hommes et les femmes se tenaient la main, ensuite ils se sont rapprochés le visage et n’ont cessé par la suite de diminuer la distance entre eux. L’indécence à maintenant atteint son paroxysme au nom de la danse : c’est ce qu’on voit à la télévision. Pourquoi ces pratiques pernicieuses se répandent-elles ? Tout simplement parce que ceux qui répandent l’immoralité s’obstinent à le faire et qu’ils ne se soucient guère des remontrances des autres.

Au Pakistan – un pays musulman – l’indécence s’étale au grand jour au nom du divertissement et de la liberté. La ténacité de l’immoralité fait que cette dernière à une emprise totale sur les esprits. Et ceux qui désirent la combattre doivent définir de grandes stratégies et se préparer à faire de grands sacrifices, sinon c’est l’échec assuré. Il nous sied de méditer sur cette situation et de prendre les mesures nécessaires afin d’éviter ces écueils et de combattre le mal.

Le deuxième Calife nous conseille de travailler sur trois éléments essentiels afin de réformer notre conduite. Ils sont premièrement, la volonté, deuxièmement une connaissance parfaite et troisièmement la « force agissante ».

Une connaissance parfaite influe sur la volonté et la faculté d’agir, qui sont les deux forces essentielles qui peuvent conduire à la réforme de la conduite.

Il nous faut une volonté de fer afin d’éradiquer le mal : mais il faudra au préalable se débarrasser de ces faiblesses qui entravent l’action.

Il est évident que les membres de la djama’at désirent la Taqwa, la pureté, transmettre les préceptes de l’Islam, mériter l’amour de Dieu et se rapprocher de Lui. Le deuxième Calife souligne que cela démontre qu’une forte volonté existe déjà en nous. Mais si nous ne voyons pas les résultats escomptés il pourrait y avoir deux raisons : premièrement il se peut que nous n’ayons pas la volition nécessaire pour agir. Peut-être que nous sommes déterminés à réformer nos croyances mais qu’il nous manque la résolution nécessaire pour réformer notre conduite. Deuxièmement il se peut aussi qu’il y ait des lacunes dans notre relation avec Dieu. Et il survient une paralysie de la force agissante, qui ne se laisse pas dicter par la volonté.

Prenons l’exemple d’un élève qui peine à apprendre sa leçon en dépit de ses efforts. Il doit soit améliorer ses facultés mentales en appliquant les procédés appropriées ou changer sa méthode d’apprentissage. Au Pakistan les élèves apprennent tout par cœur, même s’ils comprennent ou pas ce qu’ils lisent. Ils excellent dans cette méthode et d’aucuns mémorisent des livres en entier.

Mais quand ils viennent étudier ici [en Occident] ils constatent que la méthode est différente et qu’il est nécessaire de comprendre le sujet. Et ceux qui avaient de mauvaises notes au Pakistan en ont de meilleures ici et s’intègrent facilement dans le nouveau système. Quant à ceux qui avaient de bonnes notes là-bas, ils peinent à réussir ici. Le même phénomène s’est passé avec les élèves de nos écoles à Rabwa quand nous avons abandonné le cursus de l’état pour suivre celui de l’Agha Khan.

Ainsi l’entrave à l’apprentissage n’est pas due, en toute situation, à une incapacité mentale. Bien sûr s’il y a défaillance des facultés cognitives la tâche sera encore plus difficile et il faudra changer de méthode. En Occident il y a des écoles spécialisées pour des élèves ayant des besoins particuliers et dans certains cas ces derniers dépassent même ceux qui ont de très bonnes notes [ailleurs]. En tout cas la méthode utilisée peut engendrer des difficultés voire même l’échec, si elle n’est pas appliquée correctement. Nous devons revoir notre conduite et nous demander pourquoi notre intention à faire le bien n’a-t-elle pas l’effet escomptée sur la partie du cerveau qui doit déclencher les actions. Il faudra aussi examiner notre relation avec Dieu ainsi que la sincérité avec laquelle nous agissons.

Il y a deux obstacles à la reforme de la conduite : les faiblesses qui affectent la volonté ainsi que la faculté d’agir. Le manque de savoir est l’autre raison qui peut freiner l’amélioration de soi. L’intention ainsi que les actions dépendent tout deux de la connaissance.

A titre d’exemple si un individu sait, tout au plus, qu’il sera bientôt attaqué mais qu’il ignore que 1000 assaillants s’apprêtent à s’en prendre à lui, il se préparera selon l’information qu’il détient. S’il était au courant du nombre exact de ses assaillants sa préparation sera différente.

Ainsi le manque d’information engendre des lacunes et son exactitude accroit la volonté. Voici un autre exemple : des fois l’on est incapable de soulever un objet une première fois parce qu’on ignore son poids relatif. Si l’on sait au préalable que l’objet en question est plus lourd qu’on le pensait, l’on se préparera à dépenser plus d’énergie et l’on changera aussi la manière de le soulever. L’on pourra le porter après une deuxième tentative non pas parce qu’on a reçu [de l’aide de l’extérieur] mais parce qu’on connaît son poids.

Les facultés accordées par Dieu sont présentes en chacun. Utilisées à bon escient et avec l’énergie nécessaire la tâche devient facile. Mais cela dépend encore une fois de la connaissance. Si l’on n’utilise pas à bon escient ses aptitudes, l’on peut subir des torts même en des situations ordinaires. Il convient d’appliquer ces mêmes principes quand on utilise ses facultés d’agir afin de se débarrasser de ses lacunes. D’où la raison d’accroitre sa connaissance.

Le deuxième Calife affirme que Dieu a conféré à tout être humain le discernement – cette disposition de l’esprit à juger clairement entre deux options – et qui permet de dépenser l’énergie nécessaire pour accomplir une tâche donnée. Cette énergie n’est pas dans les muscles mais sont conservés dans le cerveau. Si une action n’est pas réalisée – le fait de soulever un objet lourd par exemple – le cerveau demande aux muscles de faire plus d’effort. Cependant le discernement, lui aussi, dépend de la connaissance, quelle soit interne ou externe. Le savoir intérieur dépend de l’expérience et du vécu. La connaissance externe, quant à elle, pénètre de l’extérieur grâce aux oreilles, à l’instar des bruits d’une attaque imminente qui donnent l’alerte. Pour ce qui est de l’objet à soulever, c’est le pouvoir de discerner qui permet de comprendre qu’il n’a pu être soulevé parce qu’on le croyait léger.

Le manque d’information entrave ainsi la reforme et la faculté de discerner ne peut prescrire l’énergie nécessaire à être utilisée. Et c’est ainsi que l’ignorance engendre des péchés.

Prenons le cas d’un enfant qui grandit parmi ceux qui ne cessent de raconter que sans le mensonge l’on ne pourra rien obtenir en ce monde. J’ouvre ici une parenthèse à propos de ces demandeurs d’asile [ahmadis] qui croient, à tort, que c’est en fabriquant des histoires de toutes pièces qu’ils auront le droit de séjour [en Europe].

A maintes reprises j’ai conseillé qu’il suffit de dire la vérité [aux autorités] et de présenter en toute honnêteté son cas. Expliquez [au juge] que vous vivez constamment dans la tourmente [au Pakistan], que vous avez peur pour vous, pour votre famille et que vos enfants sont harcelés à l’école [pour la seule raison qu’ils sont ahmadis]. La majorité de ceux qui ont suivi cette méthode ont eu, en peu de temps, le droit de séjour [ici en Occident].

Dites la vérité et placez votre confiance en Dieu. Quand on répétera devant ses enfants que « si nous n’avions pas menti nous n’aurions pas eu le droit de séjour » ils croiront que le mensonge n’est point un péché. Et plus tard, leur discernement les trompera et les poussera à mentir s’ils pensent que leurs intérêts sont en jeu [dans une situation donnée].

Il en est de même de l’enfant qui grandit là où la médisance est monnaie courante. Sa conscience conclura que la médisance n’est point un péché majeur, puisque tout le monde autour de lui le commet.

J’ai dit auparavant qu’un obstacle majeur à la réforme de la conduite est la classification erronée des transgressions en grands et petits péchés. Une fois impliqué dans le vice, il est difficile de l’abandonner. Dans ces cas en dépit de l’existence du discernement, l’homme ne détient pas la force adéquate pour vaincre la transgression en raison de son ignorance [ou de ses informations erronées].

Dans l’exemple du fardeau à porter étant donné que la force nécessaire n’a pas été utilisée l’on n’arrive pas à le soulever. Mais dès que le cerveau envoie les signaux appropriés la tâche devient possible. Il en est de même de la force à combattre la transgression : bien qu’elle soit présente lorsqu’on est confronté au péché la capacité à discerner se trompe. En conséquence, le cerveau ne fournit pas l’énergie requise et il en résulte un manque de volonté. La réforme de la conduite requiert une abondance de connaissance ainsi que la force d’agir.

En bref l’amélioration de soi nécessite trois choses : la volonté qui est capable de grandes œuvres et la connaissance nécessaire afin que notre volonté puisse distinguer le bien du mal et pour qu’elle évite de fléchir par ignorance. Et troisièmement nous avons besoin de l’énergie nécessaire afin que nos membres obéissent à nos intentions.

Notre volonté doit être à l’image de cet officier intransigeant qui impose une discipline stricte afin que ses instructions soient appliquées à la lettre. Nous ne devons pas non plus définir de notre propre chef les péchés majeurs et mineurs.

Le deuxième Calife affirme aussi qu’il existe deux types de faiblesses : celles qui sont réelles et celles qui ne le sont pas. La faiblesse irréelle survient quand la capacité d’agir est présente, mais qu’elle se rouille par manque d’entrainement.

La faiblesse réelle résulte quant à elle de l’atrophie : c’est-à-dire qu’il y a une déchéance des facultés [physiques] étant donné qu’elles n’ont pas été utilisées pour une très longue période, et le sujet requiert de l’aide de l’extérieur.

L’exemple de la faiblesse irréelle est quand un individu croit à tort qu’il ne peut soulever un poids de 40 kilos en raison d’un manque d’entrainement. Si cette personne se convainc qu’elle possède la force nécessaire elle peut éventuellement soulever l’objet en question.

Et l’exemple de la faiblesse réelle est celui d’une personne qui ne peut pas soulever plus de 10 kilos parce qu’elle n’a pas utilisé ses muscles pour une longue période, ce qui sous-entend qu’elle aura besoin de l’aide des autres. On devra faire naitre en lui la volonté ainsi que la force nécessaire. Ainsi quand il y a incapacité le soutien externe est requis.

Il en est de même pour la réforme de la conduite : chaque individu a besoin d’un traitement particulier. Certains manquent de volonté, d’autres sont impuissants, et si le fardeau est trop lourd pour certains la société, la djama’at ou les organisations auxiliaires doivent jouer leur rôle.

Il nous incombe de ce fait de renforcer notre volonté ainsi que notre force agissante afin que nous puissions atteindre l’objectif de l’avènement du Messie Promis (a.s).

Il faudra aussi éviter l’atrophie des facultés que Dieu nous a conférées. Le Messie Promis (a.s) affirme à cet effet : « La foi exige que l’on se reforme par l’entremise [de l’aide de] Dieu et que l’on s’évertue [en ce sens.] »

Il dit aussi : « Soyez un modèle pour autrui et faites naitre cet éclat qui poussera les autres à vous accepter. Tant que cet éclat ne brille pas personne ne vous acceptera. […] si votre état interne n’est pas propre et ne brille pas, personne ne voudra [de vous]. De même si votre moralité n’est pas des plus excellentes vous n’aurez aucun statut. »

La réforme de la conduite exige beaucoup d’efforts et une vigilance constante de la part de tout ahmadi, afin qu’il puisse atteindre son objectif et mériter le titre de véritable musulman comme le désirait le Messie Promis (a.s). Qu’Allah fasse qu’il en soit ainsi.

A la fin de son sermon Sa Sainteté le Calife a évoqué le décès de Mokarram Mashrik Ali Saheb, qui a rendu l’âme à l’âge de 80 ans à Qadian le 3 janvier 2014, inna lillahi wa inna ilaihi raji‘oune, à Allah nous appartenons et c’est à Lui que nous retournerons. Le défunt avait embrassé l’Ahmadiyya en 1965 et avait servi la djama’at en Inde au cours des 48 dernières années. Il a été, entre autres, Amir de la région de Calcutta, du Bengale et de l’Asam.

Mokarram Inam Ghori Saheb, le Nazir-i-’Ala de Qadian a évoqué la bravoure du disparu, qui était un dévoué prédicateur de l’Ahmadiyya. Le défunt laisse derrière lui 3 filles et deux fils, dont M. Ismatullah, connu de tous les ahmadis, et qui présente des poèmes lors des Jalsa Salana et à la MTA. Qu’Allah exalte le statut du défunt et qu’Il fasse que ses enfants puissent perpétuer ses nobles qualités.


(Le site www.islam-ahmadiyya.org prend l’entière responsabilité de la publication de ce sermon)