Sermon du vendredi 14 février 2020, prononcé par Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad, à la mosquée Baitul-Futuh à Londres. Après le Ta'awudh, le Tashahoud et la Sourate Al-Fatiha, Sa Sainteté le Calife a déclaré :

Dans mon précédent sermon, j’ai évoqué Muhammad Bin Maslama et il restait une partie des récits sur son sujet. J’en ferai mention aujourd’hui, Incha Allah. En évoquant l’assassinat de Ka’b Bin Achraf j’avais dit que Muhammad Bin Maslama l’avait attiré hors de sa maison en faisant usage d’un prétexte. La question était de savoir s’il ne s’agissait pas là d’un mensonge de sa part. On trouve aussi mention d’un hadith suggérant qu’il serait permis de mentir à trois occasions, selon certains oulémas. Mais cette idée est erronée ; autrement dit, il s’agit d’une explication erronée de ce hadith. J’avais présenté les explications offertes par la Sirat Khatamun Nabiyyine. Le Messie Promis (a.s.) dans son ouvrage Nour-oul-Qour’ân a offert des éclaircissements à ce propos en répondant aux objections d’un chrétien. Je vais en présenter ici quelques parties qui démontrent sans l’ombre d’un doute que l’islam interdit formellement le mensonge.

Le Messie Promis (a.s.) déclare que les chrétiens objectent que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) aurait permis le mensonge en trois occasions et que le Coran permet clairement de dissimuler sa foi. Or, affirment les chrétiens, les Évangiles interdisent de cacher sa foi. Le Messie Promis (a.s.) répond : « L’accent que le Coran met sur la droiture est inexistant dans les Évangiles. »

Il ajoute : « Le Saint Coran déclare que le mensonge équivaut au polythéisme, tout comme l’affirme Allah :

فَاجْتَنِبُوا الرِّجْسَ مِنَ الْأَوْثَانِ وَاجْتَنِبُوا قَوْلَ الزُّورِ

« Fuyez donc l’abomination des idoles, et fuyez toute parole mensongère… » (22 : 31)

Il affirme ailleurs :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آَمَنُوا كُونُوا قَوَّامِينَ بِالْقِسْطِ شُهَدَاءَ لِلَّهِ وَلَوْ عَلَى أَنْفُسِكُمْ أَوِ الْوَالِدَيْنِ وَالْأَقْرَبِينَ

« Ô vous qui croyez ! Soyez fermes dans l’application de la justice et soyez les témoins d’Allāh, quand bien même ce serait contre vous-mêmes ou contre vos parents ou vos proches. » (4 : 136)

Le Messie Promis (a.s.) répond au chrétien : « Vous qui ne craignez pas Dieu ! Ouvrez l’Évangile et montrez-moi où se trouve pareille emphase sur la droiture. »

En s’adressant à ce même chrétien du nom de Fatih Massih, le Messie Promis (a.s.) déclare : « Vous affirmez que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) aurait permis de mentir en trois occasions. Vous vous êtes fourvoyé en raison de votre ignorance. Aucun hadith n’autorise le recours au mensonge. Les paroles du hadith affirment : « N’abandonne jamais la vérité, même au risque d'être tué ou brûlé. » Le Coran recommande la justice et la vérité en toute occasion même au péril de sa vie. Les hadiths affirment qu’il faut se cramponner à la vérité même au risque d’être tué ou brûlé. Tout hadith contredisant le Coran et les récits authentiques, mérite d'être rejeté : nous acceptons uniquement les hadiths qui sont conformes aux récits authentiques et au Coran. Certains hadiths autorisent l’usage de propos équivoques et à double sens en certaines situations. Or (les adversaires de l’islam) insinuent que cette pratique équivaut au mensonge afin de susciter de la répugnance. L’ignorant ou le sot qui tombe sur ce terme prêtant à équivoque dans un hadith, croira qu’il s’agit en fait de mensonge, car il ignore que l’islam considère comme impur le mensonge avéré : il est interdit et équivaut au Chirk (l’idolâtrie). L’usage de propos à double sens par contre n’équivaut pas au mensonge. Les hadiths permettent aux gens ordinaires d’y avoir recours en cas de contrainte. Or, les hadiths affirment aussi que les meilleurs [des hommes] évitent pareils propos ambigus. Selon l’islam [on peut avoir recours] à ces énoncés à double sens en cas de danger afin de cacher quelque fait ou un secret : la personne intelligente comprend le sens réel de ces paroles, mais pas le naïf qui en tire d’autres conclusions de ce qu’entend son interlocuteur. Après réflexion, l’on déduit que l’interlocuteur n’a pas menti – il n’y avait aucun relent de mensonge dans ses propos et son cœur n’était pas non plus enclin à mentir. Selon les hadiths, l’on peut avoir recours à ces propos équivoques afin de réconcilier deux musulmans, afin de protéger sa femme de toute dispute conjugale ou afin de cacher ses intentions de l’ennemi lors d’une bataille et le pousser dans une autre direction. Or, il existe d’autres hadiths démontrant que le recours à ces propos à double sens est contraire à la norme la plus excellente de la Taqwa. Une vérité franche et sans équivoque est meilleure, même si l’on risque d'être tué ou brûlé pour l'avoir énoncée. »

Le Messie Promis (a.s.) ajoute : « Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) nous a demandé d’éviter cette pratique dans la mesure du possible afin que nos propos ne ressemblent en aucun cas au mensonge. »

Il ajoute : « Lors de la bataille d’Ouhoud, alors qu’il était tout seul, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) annonçait haut et fort devant les épées nues [de ses ennemies] : « Je suis Muhammad. Je suis le Prophète d’Allah. Je suis le fils d’Abdoul Mouttalib. »

La note de bas de page du livre affirme qu’il y a ici une faute d’inattention et que cet incident a eu lieu à Hounayn et non à Ouhoud. Or la cellule de recherche a présenté un récit tiré de Al-Sirah Al-Halbiyyah dans lequel il est dit que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait prononcé ces paroles à Hounayn et à Ouhoud. Le département d’Icha’at doit enlever cette note dans les prochaines éditions. Souvent, par empressement, l’éditeur place une note de bas de page pour interpréter les propos du Messie Promis (a.s.) ou pour signaler une faute d’inattention dans le texte [original]. Or il faudra au préalable mener une recherche poussée. Pareille situation mérite une grande attention. Dans le cas présent, le récit devant moi affirme que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait prononcé ces paroles à Hounayn et à Ouhoud. C’était là une mise au point nécessaire dans ce contexte.

Le Messie Promis (a.s.) ajoute : « Si dans un hadith le recours à ces propos ambigus est qualifié de mensonge (afin de l’expliquer) ce sera le comble de l’ignorance de le qualifier de mensonge véritable car le Coran et les hadiths authentiques affirment à l'unisson que le mensonge est interdit et qu’il s'agit d'une abomination. Les hadiths authentiques expliquent le recours à ces propos à double sens [visant à cacher ses sentiments réels]. Si jamais, en ce cas, quelque autre hadith utilise le terme « mensonge » pour expliciter cette pratique, il n’encouragerait pas pour autant les fausses affirmations, qu’Allah nous en préserve. Cela démontrerait le haut degré de Taqwa de celui qui a relaté ce hadith : pour expliquer le recours à ces propos ambigus il aurait utilisé le terme « mensonge ». En tout cas, nous devons suivre le Coran et les hadiths authentiques : nous n’accepterons aucune interprétation qui sera contraire à leurs énoncés. »

Le Messie Promis (a.s.) ajoute : « Le Coran a maudit les menteurs. Ces derniers sont les compagnons de Satan : ils sont sans foi et les satans les ont sous leurs emprises. Le Coran ne décourage pas uniquement le mensonge. Il nous recommande même d’abandonner la compagnie des menteurs et de ne pas les prendre pour amis. Il nous recommande de craindre Dieu et d'être en compagnie des justes. Il nous recommande de dire la vérité en toute situation et de jamais mentir, même en plaisantant. »

C’était là un éclaircissement sur les récits mentionnés la dernière fois. Je vais maintenant présenter d’autres récits sur la vie de Muhammad Bin Maslama. Les Banou Nadir avaient leurré [les musulmans] et avaient tenté d’assassiner le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) en lui jetant dessus, du haut d’un mur, une pierre de meule. Or Allah avait relevé leurs intentions au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) qui a donc quitté ces lieux sur-le-champ à l’instar de celui qui répond à un besoin urgent. Il est retourné à Médine et après quelque temps ses compagnons l’y ont suivi. Là-bas, ils ont su que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) avait mandé Muhammad Bin Maslama. Abou Bakr lui a dit : « Ô Envoyé d’Allah ! Vous êtes partis à notre insu. » Il a répondu : « Les Juifs voulaient me tromper et Allah m’en a informé. C’est pour cette raison que je suis parti. » Allah lui avait révélé ce verset à ce propos :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آَمَنُوا اذْكُرُوا نِعْمَةَ اللَّهِ عَلَيْكُمْ إِذْ هَمَّ قَوْمٌ أَنْ يَبْسُطُوا إِلَيْكُمْ أَيْدِيَهُمْ فَكَفَّ أَيْدِيَهُمْ عَنْكُمْ وَاتَّقُوا اللَّهَ وَعَلَى اللَّهِ فَلْيَتَوَكَّلِ الْمُؤْمِنُونَ

« Ô vous qui croyez ! Rappelez-vous la grâce d’Allāh sur vous quand un peuple voulait lever la main sur vous ; mais Allāh retint leurs mains contre vous ; et craignez Allāh, et c’est en Allāh que les croyants doivent mettre leur confiance. » (5 : 12)

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a envoyé Muhammad Bin Maslama chez les Juifs. Avant qu’il ne se mette en route, l’Envoyé d’Allah lui a dit : « Va chez les Banou Nadhir et dis-leur que le Prophète d’Allah m’a envoyé chez vous et vous demande de quitter sa ville. » Il s’est rendu chez les Juifs qui avaient fomenté ce complot et qui n’avaient pas respecté leur engagement. Leur expulsion de la ville était leur punition. Arrivé chez eux, il a dit : « Je viens vous transmettre le message du Prophète d’Allah. Mais avant de le faire, je souhaite vous rappeler quelques propos anciens que vous évoquiez dans vos réunions. » Les Juifs ont demandé : « De quoi s’agit-il ? » Muhammad Bin Maslama a répondu : « Je jure par la Torah que Dieu a révélé à Moïse ! Avant l'avènement du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), je vous avais rendu visite et vous aviez ouvert la Torah devant vous et vous m’aviez dit : « Ô fils de Maslama ! Si tu le souhaites, nous pourrons t’offrir un repas ou te convertir au judaïsme. » J’avais répondu que je préférerais un repas et de ne pas me convertir, car par Dieu, je ne serais jamais un Juif. Vous m’aviez offert le repas dans un plat et vous m’avez dit que je n’avais pas accepté cette religion parce qu’il s'agissait de celle des Juifs et que je souhaitais suivre la pratique des Hanifs. Vous m’avez dit qu’Abou ‘Amir l’ascète n’était pas le Prophète attendu. Or ce Prophète se présentera à vous : [selon les prophéties,] il sera souriant, il mènera la guerre, il aura les yeux rouges, il viendra du Yémen, il voyagera sur un chameau, il se couvrira d’un manteau, se contentera de peu, son épée sera sur son épaule et il parlera avec sagesse, comme s’il est l’un de vos proches. Par Allah, il y aura de l’expropriation dans votre hameau, il y aura des tueries et des mutilations. »

En entendant cela, les Juifs ont déclaré : « Certes, nous avions l’habitude d’énoncer ces propos. Mais il (le Saint Prophète Muhammad s.a.w.) n’est pas ce Prophète attendu. »

Muhammad Bin Maslama a répondu : « Je vous ai transmis mon message et je vous ai fait ce rappel. Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) m’a envoyé avec le message suivant : « Vous avez violé le pacte que vous aviez signé avec moi et vous avez tenté de me tromper. »

Muhammad Bin Maslama a ensuite informé les Juifs sur leur intention à propos du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Notamment qu’Amr Bin Jahach était monté sur un toit afin de lancer une pierre sur lui. Ils n’ont pas dit un mot là-dessus. Muhammad Bin Maslama a ajouté que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) leur a adressé ceci : « Sortez de ma ville. Je vous donne dix jours. Passé ce délai, tous ceux qui seront sur place seront tués. »

Les Juifs ont déclaré : « Ô fils de Maslama ! Nous ne pensions pas qu’un membre de la tribu d’Aws viendrait nous transmettre un tel message. »

Muhammad Bin Maslama de répondre : « Le cœur a changé. »

Les Juifs se sont préparés durant quelques jours et ont fait venir leurs montures qui se trouvaient sur un pâturage à Dhou Jadar qui est situé à environ 6 miles (10 kilomètres) de Médine dans la direction de Qouba. Ils ont aussi loué des chameaux de la tribu des Banou Achja’a et sont partis. Ces récits sont tirés des recueils d’histoire.

Le Mouslih Maw’oud explique le comportement des Juifs et la traîtrise des Banou Qouraydhah. C’est un récit que j’avais mentionné eu égard à ‘Ammar Bin Yasir mais que je dois mentionner de nouveau en raison de son importance historique. Il déclare :

« Or, il avait encore des comptes à régler avec les Banou Qouraydhah. Car ceux-ci avaient manqué à leur parole et cela ne pouvait être ignoré. Le Saint Prophète(s.a.w.) rassembla ses compagnons et leur dit qu’il n’y avait pas encore de paix pour eux. Avant le coucher du soleil, ils devaient se lancer contre les Banou Quraydhah dans leurs fortifications. Puis, il envoya ‘Alī(r.a) chez les Juifs pour leur demander pourquoi ils avaient rompu leur parole donnée. Les Banou Qouraydhah ne montrèrent ni regrets ni inclination à faire des excuses. Au contraire, ils insultèrent ‘Alī(r.a) et les autres délégués musulmans et se mirent à proférer de viles paroles contre le Saint Prophète(s.a.w.) et les femmes de sa famille. Ils dirent qu’ils ne se souciaient point de Muhammad(s.a.w.) et qu’ils n’avaient jamais conclu de pacte avec lui. Quand ‘Alī(r.a) vint transmettre la réponse des Juifs, il rencontra le Saint Prophète(s.a.w.) et les compagnons qui se dirigeaient vers les fortifications juives. Comme les Juifs avaient proféré des insultes envers le Saint Prophète(s.a.w.), ses femmes et ses filles, ‘Alī(r.a) craignait que cela ne lui causât de la peine. Aussi, il lui suggéra qu’il n’avait pas besoin de prendre part à l’attaque, que les musulmans eux-mêmes pouvaient se charger des Juifs. Le Saint Prophète(s.a.w.) le comprit et lui dit : « Tu ne veux pas que j’entende leurs insultes, ‘Alī(r.a) ? » « Exactement », répondit ‘Alī(r.a). « Mais pourquoi ? », ajouta le Saint Prophète(s.a.w.). « Moïse(a.s) était des leurs, et pourtant ils lui avaient infligé plus de souffrances qu’à moi. » Le Saint Prophète(s.a.w.) continua à avancer. Les Juifs organisèrent leurs défenses et engagèrent le combat. Leurs femmes se joignirent à eux. Quelques musulmans étaient assis au pied d’une muraille. En les voyant, une juive lança une pierre sur eux, tuant un musulman. Le siège dura plusieurs jours, après quoi les Juifs sentirent qu’ils ne pourraient pas tenir longtemps. Alors, leurs chefs firent demander au Saint Prophète(s.a.w.) de leur envoyer Abou Loubaba(r.a), un des Ansār et chef des Aus, tribu amie des Juifs. Ils voulaient le consulter à propos d’un arrangement possible. Le Saint Prophète(s.a.w.) leur envoya donc Abou Loubaba(r.a) et ils lui demandèrent s’ils devaient déposer leurs armes et accepter le jugement du Saint Prophète(s.a.w.). Il répondit affirmativement. Mais, en même temps, il passa un doigt sur son cou, faisant le signe de la mort. Le Saint Prophète(s.a.w.) n’avait rien dit à qui que ce soit sur ce sujet, mais, Abou Loubaba(r.a) craignant que le crime des Juifs ne méritât pas moins que la mort, avait involontairement fait ce signe qui fut fatal aux Juifs. S’ils avaient accepté le jugement du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.), la plus grande punition encourue aurait été l’expulsion de Médine à l’instar des autres tribus juives. Mais, la malchance aidant, ils refusèrent l’arbitrage du Saint Prophète(s.a.w.) et déclarèrent qu’ils accepteraient à sa place le jugement de Sa‘d Bin Mou‘adh(r.a), chef de leurs alliés, les Aus. Ils accepteraient la punition qu’il proposerait, quelle qu’elle fût. Une querelle éclata parmi les Juifs. Certains commencèrent à dire qu’ils étaient réellement revenus sur leur accord avec les musulmans, et que, par contre, la conduite de ces derniers prouvait qu’ils étaient justes et honnêtes et que leur religion aussi était vraie. Ceux qui pensaient de cette façon embrassèrent l’islam. ‘Amr bin Sa‘dī(r.a), l’un des chefs juifs, réprouva son peuple en disant : « Vous avez trahi votre parole donnée et commis une forfaiture. Votre seul recours est maintenant d’embrasser l’islam ou de donner la jizya » (capitation). Les Juifs déclarèrent : « Nous n’embrasserons pas l’islam et ne donnerons pas la jizya, car à cela nous préférons la mort. » ‘Amr répondit que, dans ce cas, il était dégagé de sa responsabilité, après quoi il quitta la forteresse. Muhammad bin Maslama(r.a), commandant une colonne musulmane, l’aperçut et lui demanda qui il était. En apprenant son identité, il lui dit d’aller en paix et se mit à prier à haute voix : « Dieu, donne-moi toujours le pouvoir de dissimuler les erreurs des honnêtes gens. » Muhammad bin Maslama(r.a) voulait dire que ce Juif avait manifesté du remords et du regret pour la conduite de son peuple. Le devoir moral des musulmans était donc de pardonner à des hommes comme lui. En le laissant aller, il avait fait une bonne chose, et il pria Dieu de lui donner de temps à autre l’occasion de faire un tel bien. Quand le Saint Prophète(s.a.w.) apprit ce que Muhammad bin Maslama(r.a) avait fait, il ne le réprouva pas d’avoir laissé partir ce chef juif. Au contraire, il approuva ce qu’il avait fait. »

Conformément à l'enseignement qu’ils avaient reçu du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) les musulmans ont toujours fait preuve de justice.

Abou Rafi’ le Juif a été assassiné après les troubles fomentés par les gens de Khaybar. Muhammad Bin Maslama faisait partie du groupe envoyé pour le tuer. Un seul individu l’avait tué. Mirza Bashir Ahmad Saheb commente à ce propos en puisant dans les recueils d’histoire.

« Les chefs juifs avaient mené des campagnes séditieuses et incitations à la violence : leurs efforts avaient culminé avec la bataille du Fossé contre les musulmans vers la fin de l’an 5 de l’hégire. Houyayy Bin Akhtab avait connu une fin funeste avec les autres membres de la tribu des Banou Qouraydhah. Or, Salam Bin Abi Al-Houqayq, aussi connu sous le nom d’Abou Rafi’, vaquait librement à ses occupations dans la région de Khaybar et y complotait à loisir. La défaite humiliante au cours de la bataille du Fossé et la fin terrible des Banou Qouraydhah avaient attisé davantage son hostilité. Or, la tribu de Ghatafan habitait non loin de Khaybar. Les Juifs de Khaybar et les tribus du Nejd étaient voisins. Un riche commerçant, Abou Rafi’ attisait les tribus sanguinaires et barbares du Nejd contre les musulmans. Il était le reflet de Ka’b bin Achraf dans son animosité contre le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). À l’époque, il avait offert de grosses sommes à la tribu de Ghatafan pour lancer des attaques contre le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Au cours du mois de Cha’ban, selon les annales, les Banou Sa’d avaient eu l’intention de lancer une attaque contre les musulmans. ‘Ali avait été envoyé à la tête d’un détachement pour les arrêter. Derrière cette attaque il y avait la main des Juifs de Khaybar : Abou Rafi’ était en effet le maître d’œuvre derrière toutes ces agressions. Or il ne s’est pas arrêté là. Le feu de son inimitié avait besoin du sang des musulmans. La personne du Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était comme des épines dans ses yeux. En fin de compte, il a décidé de soulever les tribus de Ghatafan et autres du Nejd comme lors de la bataille du Fossé et les amasser comme une grande armée afin de détruire les musulmans. Quand la situation s’est aggravée à ce point et que les musulmans ont vu les mêmes scènes que celles de la bataille du Fossé, certains Ansar de la tribu de Khazraj se sont présentés au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et ont déclaré : « La solution de ce danger réside dans la fin d’Abou Rafi’, l’auteur de toute cette révolte. » Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a conclu qu’il vaut mieux tuer un rebelle que de mettre tout le pays à feu et à sang et il en a donné la permission à ses compagnons, envoyant ‘Abdoullah Bin ‘Al-Ansari chez Abou Rafi’ à la tête d’un groupe de quatre compagnons appartenant aux Khazraj. Mais il leur a recommandé de ne pas tuer des femmes ou des enfants. Ce groupe est parti au cours du mois de Ramadan de l’an six de l’Hégire et ils ont accompli leur mission avec la plus grande habileté avant de retourner [à Médine]. C’est ainsi que ce nuage de malheur qui planait au-dessus de Médine s’est dissipé. On trouve mention de cet incident dans le recueil de Boukhari.

Bara’ Bin ‘Azib relate que le Messager d'Allah (s.a.w.) a envoyé un groupe d’Ansar vers Abou Rafi’ et a nommé ‘Abdoullah bin ‘Atiq comme leur chef. Abou Rafi` avait l'habitude de tourmenter le Messager d'Allah (s.a.w.) et d'aider ses ennemis contre lui. ‘Abdoullah bin ‘Atiq et ses hommes se sont approchés de la forteresse d’Abou Rafi’ après le coucher du soleil. Il a laissé ses compagnons et s’est approché du portail de la forteresse. Il s’est enroulé dans son manteau faisant semblant de répondre à l'appel de la nature. Le portier s'est adressé à lui en disant : « Ô toi-là ! Entre si tu le souhaites. Je vais fermer la porte. ‘Abdoullah est entré et s’est caché. Le portier a fermé la porte et a accroché les clés sur une cheville. Abdullah relate : « Je me suis levé et j'ai pris les clés, puis, j'ai ouvert le portail afin de pouvoir sortir rapidement. Abou Rafi’ était entouré de certaines personnes et ils conversaient. Quand ses compagnons sont partis, j’ai monté les escaliers vers lui et chaque fois que j'ouvrais une porte, je la refermais de l'intérieur. Quand je suis arrivé dans sa chambre, il venait d'éteindre sa lampe et s'apprêtait à dormir. La chambre était toute sombre. Alors j'ai crié : « Ô Abou Rafi’ ! » Il a répondu : « Qui est-ce ? » Je me suis dirigé vers la source de la voix et je l’ai frappé avec l'épée, et à cause des émotions et de l’obscurité, je n’ai pas pu le tuer. Il a poussé un grand cri et je suis sorti de la chambre. J'ai attendu un moment, puis je suis retourné vers lui et lui ai dit en changeant de voix : « Quel était ce bruit, ô Abou Rafi’ » ? Il n’a pas pu reconnaître ma voix et a répondu : « Malheur à ta mère ! Un homme est entré dans ma maison m'a frappé avec une épée ! »

Je l'ai encore frappé durement mais je ne l'ai pas tué. Puis j'ai frappé une troisième fois : c’était le coup de grâce. J'ai ensuite ouvert les portes une par une jusqu'à ce que j'atteigne l'escalier, et pensant avoir atteint le sol en descendant je suis tombé et je me suis cassé la jambe. » Selon un autre récit, il se serait disloqué la jambe.

Il ajoute : « J'ai attaché ma jambe avec mon turban et me suis traîné à l’extérieur. Je me suis dit : « Je ne sortirai pas ce soir jusqu'à ce que je sache que je l'ai tué. Ainsi, je me suis caché dans un coin de la forteresse. Le matin, quelqu’un annoncé la mort d'Abou Rafi’ le marchand du Hijaz. Je suis parti à la rencontre de mes compagnons et nous sommes rentrés à Médine où nous avons décrit toute l'histoire au Saint Prophète Muhammad (s.a.w.). Il m’a dit : « Étire ta jambe. » Je l'ai étirée et il l'a frottée tout en priant. Elle a été guérie et je ne ressentais plus aucune douleur, comme si elle ne s’était jamais cassée. »

Selon un autre récit, lorsque ‘Abdoullah bin ‘Atiq a lancé l’attaque contre Abou Rafi’, sa femme a commencé à crier à tue-tête. ‘Abdoullah bin ‘Atiq déclare : « J’ai craint que les autres ne l’entendent et qu’ils ne se réveillent. J’ai voulu la frapper d’un coup d’épée, mais je me suis souvenu que le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) nous avait interdit de tuer les femmes et je me suis donc retenu. »

Dans l’ouvrage Sirat Khatam-Un-Nabiyyin, [Mirza Bashir Ahmad Saheb] déclare : « Ce ne pas la peine pour nous de débattre du bien-fondé de l’assassinat d’Abou Rafi’. L’histoire a consigné ses campagnes sanguinaires ; et d’ailleurs nous avons commenté à ce propos en relatant l'assassinat de Ka’b Bin Achraf. 

Les musulmans à l’époque étaient très faibles et entourés de danger de toutes parts. Le pays tout entier s’était uni pour les anéantir. C’est dans ce climat délétère qu’Abou Rafi’ incitait les différentes tribus arabes contre les musulmans. Je mentionnerai ici brièvement les raisons de son assassinat et non tous les faits historiques. Abou Rafi’ souhaitait unir toutes les tribus sauvages de l’Arabie comme lors de la bataille du fossé afin de lancer une attaque contre Médine. Il n'existait aucun gouvernement en Arabie à l’époque à qui les musulmans puissent plaider leurs cas. Chaque tribu était libre et autonome. En pareille situation chacun devait assurer soi-même sa sécurité.

Dans le précédent sermon j’avais expliqué en détail qu’il n’y avait aucun Etat central en Arabie et le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) était à la tête du sien. L’action des compagnons était appropriée en pareille situation. Dans un climat de guerre, quand une nation est entre la vie et la mort pareille mesure est permise.

Le Calife ‘Oumar avait envoyé Muhammad Bin Maslama vers la tribu de Jouhayna pour collecter la Zakat. Lorsque le Calife recevait une complainte contre un responsable de l’État, ‘Oumar envoyait Muhammad Bin Maslama pour mener une enquête. Le Calife ‘Oumar avait une grande confiance en lui et l’envoyait donc pour collecter les revenus de l’Etat.

Le Calife ‘Oumar l’avait désigné pour résoudre les situations difficiles qui se présentaient dans les différents quartiers. Sa’d bin Abi Waqqas avait bâti un palais à Kouffa : ‘Oumar avait nommé Muhammad Bin Maslama pour mener une enquête à ce propos. Selon les hadiths, le Calife ‘Oumar a appris que Sa’d bin Waqqas avait bâti un palais qui avait une porte qui empêchait d’entendre ce qui se passait à l’extérieur. Il a envoyé sur place Muhammad bin Muslama. ‘Oumar, qui avait pour habitude de l’envoyer en mission, lui ordonna : « Une fois que tu seras chez Sa’ad, brûle sa porte. » Ainsi, lorsqu’il est arrivé à Kouffa, il s’est rendu au palais, puis il a allumé un feu avec du silex et a brûlé la porte. Lorsque Sa’d a eu vent de cela, il est sorti, et Muhammad bin Maslama lui a raconté toute l’histoire et lui a expliqué les raisons de son acte. 

Après le martyre d’Outhman, Muhammad bin Maslama a vécu dans la solitude et il s’est fabriqué une épée en bois. Il disait : « Le Saint Prophète (s.a.w.) m’avait offert une épée en me disant : « Combat les polythéistes avec celle-ci tant qu’ils te combattent. Quand tu constateras que les musulmans s’entre-tuent, brise cette épée en la frappant contre un rocher. Ensuite reste chez toi, jusqu’à ce qu’un meurtrier ne te tue ou que la mort vienne à toi. » 

Il a suivi ce commandement, il est resté loin des conflits, et n’a pas pris part dans les batailles de Jamal et de Siffin.

Al-Zoubair bin Houssain Al-Salbi déclare : « Nous étions assis en compagnie de Hudhaifa. Il nous a dit : « Je connais une personne qu’aucun conflit ne peut perturber. » On lui a demandé de qui il s’agissait. Hudhaifa de répondre : « Il s’agit de Muhammad bin Mouslama Ansari. »

Lorsque Hudhaifa est décédé et que les conflits ont éclaté, j’ai rejoint ceux qui quittaient Médine. Je suis par la suite arrivé à un point d’eau. Là-bas, j’ai vu une tente délabrée, qui penchait d’un côté, secouée par le vent. J’ai demandé à qui elle appartenait. On m’a informé qu’elle appartenait à Muhammad bin Maslama. Je me suis rendu après de lui et j’ai vu qu’il s’agissait d’une personne âgée. Je lui ai demandé : « Qu’Allah fasse preuve de miséricorde à votre égard ! Vous faites partie des meilleurs parmi les musulmans. Vous avez quitté votre ville, votre maison, votre famille et vos voisins. » Il a répondu : « J’ai abandonné tout cela par mépris pour le mal. » 

Il existe des différences d’opinions au sujet du moment de sa mort. Selon différents récits qu’il serait décédé à Médine en l’an 43, 46 ou 47 de l’Hégire, alors qu’il était âgé de 77 ans. Sa prière funéraire a été dirigée par Marwan bin Hakam, qui était à ce moment-là l’Amir de Médine. Selon d’autres récits, il aurait été assassiné. Avec ceci se terminent les récits sur Muhammad Bin Maslama.

Après les prières, je vais diriger la prière funéraire de Taj Din, fils de Sadar Deen, en présence de sa dépouille. Il est décédé le 10 février à l’âge de 84 ans. Inna lillahi wa inna ilaihi Raji’oun. Par la grâce d’Allah, le défunt était Moussi. Il est né en Ouganda et a émigré au Royaume-Uni en 1967. Lorsque le terrain d’Islamabad (à Tilford) avait été acheté en 1984, le défunt s’était proposé au quatrième Calife pour y offrir ses services. Il a ensuite servi pendant 22 ans à Islamabad avec une grande fidélité et en toute abnégation. Depuis la première Jalsa d’Islamabad jusqu’à la dernière, il a travaillé d’arrache-pied et il a tenté de servir au mieux les invités du Messie Promis (a.s.). Il pouvait faire tout type de travail technique : il a eu l’opportunité de servir à tout moment de la journée : il faisait des travaux d’électricité, de plomberie, de sanitaires, et de menuiserie. Le défunt priait et jeûnait régulièrement. Il était une personne spirituelle, et était toujours de bonne humeur ; il était obéissant, et il avait un tempérament doux. Il avait une relation de grande sincérité et de fidélité avec le Califat. Son petit-fils Mudabbir Din, est missionnaire et a fait ses études à la Jamia du Royaume-Uni ; il travaille actuellement au sein de la MTA. Il écrit : « La plupart des personnes qui habitaient à Islamabad ont rapporté qu’il travaillait beaucoup. Mon grand-père racontait que lorsqu’il était venu à Islamabad, il habitait tout seul. Au début il n’y avait ni électricité, ni chauffage. C’était une période difficile, mais il était ravi d’avoir l’opportunité de faire des sacrifices pour la communauté et le Calife. Le fait d’être ponctuel pour les prières, le fait de faire ses corvées lui-même, l’hospitalité, et la patience faisaient partie de ses qualités. » Les personnes qui m’ont écrit ont énuméré ses qualités. Majeed Sialkoti a écrit : « Il a construit un atelier à Islamabad. Il était un expert dans différentes machines. Il avait été en contact avec de nombreuses entreprises. Il a remis chaque bloc de résidence d’Islamabad en état, et les a tous rendus habitables. Il savait également comment constituer une équipe. Il restait occupé, que ce fût par temps froid ou chaud. Il s’y trouvait beaucoup d’infrastructures anciennes. La réparer et la restaurer représentait un grand travail. Il faisait beaucoup d’efforts et était toujours de bonne humeur, et ne demandait seulement qu’on se souvienne de lui dans les prières. Il habitait sur le site à Islamabad jour et nuit dans une petite pièce. Il ne s’inquiétait pas de sa femme et de ses enfants qui étaient, quant à eux, à Londres, et qui venaient parfois lui rendre visite.

Qu’Allah fasse preuve de pardon et de miséricorde à son égard et qu’Il permette à ses enfants et à sa progéniture de faire preuve de davantage de fidélité et de sincérité, et qu’Il leur accorde la patience. 


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