Discours présenté lors de la Jalsa Salana (Conférence Annuelle) 2018 de la communauté islamique Ahmadiyya du Burkina-Faso.

 L’on reproche souvent aux musulmans ces jours-ci de ne pas être fidèles et loyaux envers leur pays de résidence, et de n’être fidèles qu’à leur religion.

Lorsqu’on constate qu’il y a des groupes musulmans extrémistes qui exigent l’instauration dans leurs pays d’adoption de la Loi de la Charia (telle qu’ils l’interprètent), l’on comprendra le pourquoi de ce reproche. En effet, ces extrémistes enseignent à leurs fidèles qu’ils ne doivent aucune obéissance à un gouvernement ou un pays qui ne suit pas leur courant islamique.

Or, ceci est un grave malentendu entretenu aussi bien par les musulmans extrémistes que par les non-musulmans qui sont à juste titre offusqués par cette attitude intolérante voire outrageante chez les musulmans qu’ils hébergent de bonne foi.

En effet, l’islam ordonne aux croyants de ne pas s’opposer aux dirigeants même s’ils sont des non-musulmans. Et cela même si les dirigeants ne leur accordent pas tous leurs droits. Le Prophète de l’islam (pssl) a dit :

« Il y aura après moi des dirigeants qui se donneront des privilèges à votre détriment par rapport aux affaires de ce monde et des choses que vous allez condamner. » 

Ils dirent : « Ô messager d'Allah ! Qu'ordonnes-tu à celui qui témoigne de ces choses ? » 

Il dit : « Donnez le droit qu'il vous est commandé de donner ; et vous demandez vos droits à Allah. »

C’est dire que les croyants sont commandés de coopérer avec les autorités gouvernementales de leur pays, même s’ils perçoivent de l’injustice chez ces derniers. Les croyants sont formellement interdits de se rebeller contre les autorités du pays. Pour les croyants, il n’est pas question de penser aux coups d’état, à la désobéissance civile, la grève ou les manifestations violentes.

L’Imam Abou Ja’far At-Tahaawi (né en 239 de l’Hégire) – Rahimahoullah – a dit : 

« Nous ne sommes pas d’accord avec la rébellion contre nos dirigeants, même s’ils font de l’injustice.

Et nous ne faisons pas d’invocations contre eux.

Et nous ne retirons pas notre main de l’obéissance que nous leur devons.

Et nous croyons que de leur obéir fait partie d’obéir à Allah et que cela est obligatoire, tant qu’ils ne nous ordonnent pas de faire ce qui est une désobéissance (à Dieu).

Et nous faisons des prières pour eux, afin qu’ils se réforment et pour qu’ils soient pardonnés. »

Au-delà de la coopération avec les autorités du pays de résidence, l’islam encourage ses suivants à aimer le pays. Le Saint Prophète Muhammad (pssl) a dit :

حب الوطن من الإيمان

« L’amour de son pays fait partie intégrante de la foi. »

C’est bien pour cette raison que nous, les musulmans ahmadis, avons incorporé cette injonction du Messager d’Allah (pssl) dans le serment que font les membres de nos différentes organisations auxiliaires au sein de la Jama’at Islamique Ahmadiyya. La loyauté envers les autorités religieuses va de pair avec le patriotisme. Voici le serment du Majlis Khouddam oul Ahmadiyya, l’aile jeunesse de la communauté Ahmadiyya :

« Je jure solennellement que je serai toujours prêt à sacrifier ma vie, mes biens, mon temps et mon honneur pour la cause de ma foi, de mon pays, et de ma communauté.

De même je serai toujours prêt à offrir n'importe quel sacrifice pour maintenir l'institution du Califat. Et je considère essentiel de me soumettre à toutes décisions et ordres conformes aux préceptes islamiques que me donnera le Calife régnant. »

Cet esprit de patriotisme, qui est renouvelé et renforcé à chaque fois que les musulmans et musulmanes ahmadis se rencontrent entre eux pour leurs réunions auxiliaires respectives, se traduit dans la pratique par toute une panoplie d’activités, dont voici quelques exemples :

Le premier jour de l’an, dans différentes villes du monde, les jeunes et moins jeunes de la communauté Ahmadiyya sortent tôt le matin pour nettoyer gratuitement les rues des détritus laissés par leurs  compatriotes lors des festivités de la veille. Cela, par amour envers la patrie, et afin que la ville soit présentable aux passants, dont nombre de touristes qui pourraient autrement penser du mal du pays.

Les musulmans et musulmanes de la communauté Ahmadiyya écrivent régulièrement à leur chef spirituel suprême, le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad (qu’Allah lui vienne en aide), pour lui solliciter des prières pour la paix dans leur pays et pour la prospérité de la nation. Ceci est encore une fois une action motivée par l’esprit de patriotisme qu’enseigne l’islam.

Partout où cela leur est possible en Afrique et ailleurs, les musulmans et musulmanes ahmadis construisent des établissements médicaux et scolaires pour les populations quelles que soient leurs moyens financiers, afin de participer activement au développement du pays. C’est ainsi qu’à présent la communauté Ahmadiyya gère des dizaines d’hôpitaux, de cliniques et de centre médicaux, ainsi que des centaines d’écoles dans le monde. Notre communauté continue de créer de nouveaux établissements dans les domaines de la santé et de l’éducation. Dans plusieurs pays, des personnes qui sont aujourd’hui députés ou ministres ont été éduquées ou soignées dans nos établissements, par la grâce d’Allah.

Un autre aspect du patriotisme est reflété dans l’optique coranique sur le rôle des musulmans au sein de la population mondiale, à savoir :

كُنْتُمْ خَيْرَ أُمَّةٍ أُخْرِجَتْ لِلنَّاسِ تَأْمُرُونَ بِٱلْمَعْرُوفِ وَتَنْهَوْنَ عَنِ ٱلْمُنْكَرِ وَتُؤْمِنُونَ بِٱللَّهِ

« Vous êtes le meilleur peuple suscité pour le bien de l’humanité. Vous enjoignez ce qui est bien et interdisez le mal, et vous croyez en Allah. » (3 : 111)

C’est ainsi qu’en outre des contributions au développement du pays, la communauté Ahmadiyya refuse l’aide financière offerte aux cultes par tout gouvernement qui en fait l’offre. Les ahmadis aiment rappeler aux autorités qu’en tant que musulmans suivant le vrai islam, ils sont là pour donner et non pour prendre. Ce faisant, les ahmadis font montre d’une exemplarité que l’on retrouve rarement chez d’autres.

Sa Sainteté le Calife, Hadrat Mirza Masroor Ahmad (qu’Allah lui vienne en aide), cinquième successeur du Messie Promis (paix soit sur lui), rappelle constamment que le patriotisme est une composante essentielle de la vie des croyants. Il a souvent dit et redit que tout musulman doit aimer son pays de résidence et être loyal envers sa nation, tout en étant obéissant et respectueux des lois du pays.

L’islam étant complètement contre le racisme ou l’ethnocentrisme, les musulmans sont encouragés à aimer et soutenir leurs compatriotes, quelle que soit leur appartenance ethnique, tribale ou religieuse. Le pluralisme islamique tel qu’il est démontré par la communauté musulmane Ahmadiyya s’inscrit lui aussi dans le cadre du patriotisme et l’amour pour son pays.

Parfois, les gens confondent patriotisme et nationalisme. Or, si le premier renforce la paix au sien de la nation, le second est une force destructrice, car discriminatoire. En effet, le nationalisme est basé sur des critères à base raciale ou tribale : en d’autres termes, des critères d’exclusion et d’anti-pluralisme. Le Saint Prophète Muhammad (pssl) de dire :

« N’est pas des nôtres celui qui appelle à al-‘assabiyyah [c’est à dire nationalisme ou tribalisme] qui combat pour elle, ou qui meurt pour elle ». (Rapporté par Abou Daoud) 

Et aussi : « Celui qui lutte sous un drapeau en faveur d’une cause partisane ou qui répond à l’appel d’une cause partisane ou pour aider une cause partisane et meurt par la suite, sa mort est une mort pour la cause de l’ignorance. »

Donc, tout en étant patriotiques, les citoyens sont appelés par l’islam à ne pas être les ennemis des autres nations, et à se souvenir du fait que nous, les êtres humains, avons tous été créés à partir d’une seule femelle et d’un seul mâle.

Notre humanité doit primer, et nous ne devons jamais l’oublier. Qu’Allah nous accorde la grâce et les moyens de servir notre nation tout en coopérant avec toutes les autres nations sur terre, dans l’amour et la bonne entente. Amine !