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Le martyre de l’Imam Hussain et son statut

- par Hadrat Mirza Masroor Ahmad -

Le sermon du 10 décembre 2010 de Sa Sainteté le Calife avait pour thème le statut et le martyre de l’Imam Hussain (r.a). D’emblée le Calife cita quelques vers d’un poème écrit par Hadrat Mirza Bashir-Ud-Din Mahmud Ahmad en 1935 lorsque l’hostilité contre la communauté Ahmadiyya avait atteint son comble :

وہ تم کو حسین بناتے ہیں اور آپ یزیدی بنتے ہیں

Ils vous font devenir Hussain, alors qu’eux-mêmes sont Yazid.

یہ کیا ہی سستا سودا ہے دشمن کو تیر چلانے دو

Quel commerce facile ! Laissez donc les ennemis lancer leurs flèches !

Les vers de ce poème évoquent un événement très douloureux dans l’histoire de l’Islam. Certes la tristesse de tous les musulmans est grande quand on mentionne le martyre de l’Imam Hussain (r.a) à Kerbala le 10 du mois de Muharram, mais seuls ceux qui sont persécutés pour leur foi peuvent saisir l’ampleur de cet épisode tragique. Les chiites, quant à eux, manifestent leur peine à leur manière qui est, selon nous, quelque peu exagérée.



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Mais aujourd’hui hormis la Jama’at Ahmadiyya qui peut comprendre la portée réelle des événements de Kerbala ? D’où cette analogie faite par le deuxième Calife de la Jama’at Ahmadiyya entre les adversaires de la communauté Ahmadiyya et Yazid, le persécuteur de l’Imam Hussain (r.a). Yazid, qui se disait musulman, opprima ses coreligionnaires. L’événement de Kerbala est la suite du martyre de Uthman (r.a), le troisième calife de l’Islam. Ces tragédies furent le résultat de la disparition de la Taqwa, de la prééminence des avantages personnels, et de la préférence du monde sur la foi.

Ceux qui commettent des atrocités dans le seul but d’avoir des avantages personnels seront certainement la cible de la colère de Dieu. Celui-ci exprime ainsi son mécontentement envers ceux qui tuent les croyants à dessein :

وَمَنْ يَقْتُلْ مُؤْمِنًا مُتَعَمِّدًا فَجَزَاؤُهُ جَهَنَّمُ خَالِدًا فِيهَا وَغَضِبَ اللَّهُ عَلَيْهِ وَلَعَنَهُ وَأَعَدَّ لَهُ عَذَابًا عَظِيمًا

« Et quiconque tue un croyant à dessein recevra l’Enfer comme récompense, où il demeurera longtemps. Allāh sera courroucé contre lui, le maudira et préparera à son intention un très grand châtiment. » (Le Saint Coran, le chapitre 4, verset 94)

Quant à ceux qui subissent ces contraintes pour la cause de Dieu, le Saint Coran déclare :

بَلْ أَحْيَاءٌ عِنْدَ رَبِّهِمْ يُرْزَقُونَ

« …non, ils sont vivants, en la présence de leur Seigneur et reçoivent des provisions » (Le Saint Coran, le chapitre 3, verset 170)

À plusieurs reprises le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) exprima son amour à l’égard de ses deux petits-fils, Hassan (r.a) et Hussain (r.a). Il priait ainsi en leur faveur : « O Allah ! Aimes-les comme moi je les aime ! » Celui qui éprouvera de l’amour pour eux sera certainement récipiendaire de l’amour divin. Et ceux qui leur seront hostiles seront sans nul doute la cible de la colère de Dieu.

Les 10 premiers jours du mois de Muharram nous rappellent ce triste épisode de l’histoire de l’Islam au cours de laquelle des infâmes assassinèrent un bien-aimé du Saint Prophète Muhammad (s.a.w). Celui-ci était venu rétablir les valeurs humaines ; il énonça même des principes à suivre au cours des guerres. Le Saint Coran nous recommande de faire preuve d’équité même face à l’ennemi. Mais à Kerbala, ces soi-disant musulmans foulèrent aux pieds tous les principes du Saint Prophète Muhammad (s.a.w). Au cours des batailles les Arabes avaient l’habitude de mutiler les cadavres de leurs ennemis, une pratique interdite par le Saint Prophète Muhammad (s.a.w). Mais les assassins de l’Imam Hussain (r.a) n’épargnèrent pas sa dépouille.

Il est rapporté que lorsque la troupe de l’Imam Hussain (r.a) fut entourée par l’ennemi, il dirigea son cheval vers l’Euphrate. Mais on lui barra la route et quelqu’un lui tira une flèche qui l’atteignit au menton. Selon le rapporteur il s’était battu comme un brave et avant de mourir il aurait déclaré : « La colère de Dieu vous frappera certainement, une colère qu’il ne va pas manifester pour aucune autre personne que vous allez tuer après moi. J’ai la ferme conviction que Dieu vous humiliera et qu’Il m’honorera, et que vous serez frappés d’un châtiment douloureux ». Après avoir tué l’Imam Hussain et les membres de sa famille, les habitants de Kouffa pillèrent leurs tentes ; et ils n’épargnèrent même pas les voiles qui se trouvaient sur la tête des femmes.

Amr Bin Sad ordonna à des cavaliers de fouler sous les sabots de leurs chevaux la dépouille de l’Imam Hussain (r.a). Il fut ensuite décapité et sa tête envoyée au gouverneur de Kuffa qui l’exposa aux habitants de la cité. Zahar Bin Qais présenta ensuite la tête de l’Imam Hussain (r.a) à Yazid. Aucun suivant du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) n’aurait pu se comporter ainsi ; ces actions mettent en exergue la déchéance de ces infâmes, des êtres avides des biens de ce bas monde. C’était parce qu’il avait ressenti cette avidité, que l’Imam Hussain (r.a) refusa de prêter allégeance à Yazid. Mais il essaya néanmoins de se réconcilier avec celui-ci ; et quand la situation s’envenima il demanda aux soldats de Yazid de le laisser partir, lui ainsi que les membres de sa famille ou de le laisser rencontrer Yazid afin de le ramener à la raison. Mais ces derniers refusèrent et ils n’eurent pas d’autre recours que de prendre les armes. Yazid remporta une victoire, certes, mais elle fut de courte durée ; qui se souvient aujourd’hui de lui pour sa bonne renommée ? Aucun musulman n’osera donner le nom de « Yazid » à son enfant.

Baitul-Futuh-Minaret

Décrivant la situation après le martyre de Hadrat Imam Hussain (r.a), le deuxième Calife de la communauté Ahmadiyya déclare : « Après le décès de Yazid, son fils, qui portait le nom de Muawiya à l’instar de son grand-père, prit les rênes du pouvoir. Ayant accepté l’allégeance de son peuple, il se retira pendant 40 jours avant de s’adresser de nouveau à celui-ci. Du haut de sa chaire il prononça ces paroles : « J’ai accepté votre allégeance non pas parce que cette charge me vient de droit mais pour éviter que la dissension ne s’installe parmi vous. Je suis prêt à confier cette charge à la personne qui sera plus à même à la porter et me démettre ainsi de mes fonctions. Après avoir médité profondément sur la question je n’ai trouvé dans vos rangs aucune personne digne de cette responsabilité. Sachez que je ne mérite pas cette charge ; et j’ajoute que ni mon père ni mon grand-père n’en étaient dignes. Mon père était inférieur à Hussain (r.a) ; de même mon grand-père était inférieur à Ali (r.a), le père de Hassan (r.a) et de Hussain (r.a). En son temps Ali (r.a) était le calife légitime. Et après son décès c’étaient Hassan (r.a) et Hussain (r.a) qui méritaient ce titre, et non pas mon grand-père, ni mon père d’ailleurs. Je renonce ainsi à cette position. Vous pouvez maintenant prêter allégeance à la personne de votre choix. »

En entendant ces paroles, la mère de Muawiya le réprimanda sévèrement affirmant qu’il avait humilié sa famille. Il répliqua qu’il avait tout simplement dit la vérité. Il rentra ensuite chez lui et décéda après quelques jours. Le témoignage du fils de Yazid est crucial ; il contesta la succession de son père comme calife après le décès de son grand-père. Ni la convoitise ni la crainte ne l’avaient poussé à porter ce jugement. Après avoir mûrement médité sur la question il conclut que ni son grand-père ni son père n’avaient de prétentions légitimes au califat ; le fait que Muawiya ait désigné Yazid comme son successeur ne peut être qualifié d’élection. » (Khilafat-Rashidah, Anwar Ul Ulum, volume 5, pages 557 à 558)

Hadrat Mirza Ghulam Ahmad (a.s) a fait l’analogie entre le Messie et l’Imam Hussain (r.a), en soulignant par contre que toutes ces actions qui furent la cause de la décadence de l’Islam ne se répéteront pas après son avènement. L’Imam Hussain (r.a) est pour les musulmans une référence en matière de Sabr. Sabr ne signifie pas uniquement endurer les persécutions sans broncher ; l’essence de ce terme signifie accomplir des bonnes œuvres avec constance et régularité.

Le quatrième Calife de la communauté Ahmadiyya avait enjoint aux membres de la Jama’at de réciter souvent le Darud (Salat-Alan-Nabi ou salutations sur le Saint Prophète Muhammad (s.a.w)) au cours du mois de Muharram. Certainement ces prières seront sources de consolation pour les enfants physiques et spirituels du Saint Prophète Muhammad (s.a.w).

Evoquant le statut de l’Imam Hussain (r.a), le Messie Promis et l’Imam Al-Mahdi (a.s) déclare : « Quelqu’un a insinué que certains sots, qui se disent être mes suivants, auraient affirmé – que Dieu nous en préserve – que Hadrat Imam Hussain (r.a) était un rebelle parce qu’il n’avait pas prêté allégeance à Yazid, et que ce dernier était en droit [de prendre le pourvoir]. Que la malédiction de Dieu frappe le menteur ! Je ne crois pas qu’une vilenie pareille puisse sortir de la bouche d’un membre illustre de ma communauté […] J’annonce ici à mes suivants que selon notre foi Yazid était un impur, une vermine de ce bas monde, un despote qui ne mérite pas le titre de croyant, dans tous les sens applicables de ce terme. Ce n’est pas chose facile d’être croyant. Dieu déclare à propos de cette catégorie de personnes : « Les Arabes du désert disent : « Nous croyons. » Dis : « Vous n’avez pas encore cru ; mais dites plutôt, « Nous avons embrassé l’Islam… » (Le Saint Coran, chapitre 49, verset 15).

Les croyants sont ceux dont les actions témoignent en faveur de leur foi ; la foi est gravée sur leurs cœurs et ils accordent préférence à Dieu et à Son plaisir sur tout autre chose ; ils marchent sur les voies étroites de la Taqwa pour la cause de Dieu. Ils s’annihilent complètement en Dieu et évitent toute chose qui, telle une idole, entrave leur voie vers Dieu, que ce soit leur état moral, les mauvaises actions, la négligence, ou la paresse. Yazid l’infâme possédait-il ces qualités ? Il fut aveuglé par l’amour de ce bas monde. Mais Hussain (r.a) était pur d’entre les purs ; sans aucun doute il était un de ces illustres personnages purifiés par la main de Dieu, choisi par Celui-ci ; certainement il était un des chefs du paradis. Celui qui aura la moindre rancœur à son encontre mettra sa foi en péril. La Taqwa, l’amour pour Dieu, la patience et la persévérance, la piété et les Ibadah de cet Imam sont pour nous autant d’exemples. Et nous sommes de ceux qui suivent la direction qui lui a été accordée. Détruit soit le cœur qui est son ennemi. Le cœur qui exprime ouvertement son amour pour lui mérite le succès ; un cœur qui est le reflet parfait de la vertu, de la bravoure, de la Taqwa, de la persévérance, et de l’amour divin que possédait l’Imam Hussain (r.a). Le monde ne reconnaît pas ceux qui appartiennent à cette catégorie. Seul celui qui est des leurs pourra les reconnaître à leur juste valeur. Le monde ne les reconnaît pas parce qu’ils en sont très éloignés.

Voilà la raison du martyre de Hussain (r.a) ; il n’a pas été reconnu à sa juste valeur. Le monde avait-il auparavant éprouvé de l’amour pour les vertueux pour qu’il exprime son amour à l’égard de Hussain (r.a) ? Ce sera une infamie, une œuvre d’impie, que de mépriser Hussain (r.a) ; celui qui honnit Hussain (r.a) ou un des Imam Purs ou qui utilise des paroles méprisantes à leur égard est en train de nuire à sa foi car Dieu est l’ennemi de ceux qui sont les ennemis de Ses choisis. » (Majmu’a Ishtiharat, volume 2, page 653 à 654)

A la fin de son sermon Sa Sainteté le Calife a mentionné le décès de deux frères ahmadis africains, notamment M. Mahdi Tepani et le Dr Abubaccar Gaye, ministre de la santé de la Gambie, ainsi que celui de Mme Izat Un Nisa, la mère de M. Feroz Alam, le responsable du Bangla Desk à Londres. M. Mahdi Tepani, du Zimbabwe avait accepté l’Ahmadiyya en 1990 ; il occupait le poste de secrétaire Tabligh au niveau national dans son pays. Dr Abubaccar Gaye, de la Gambie avait embrassé l’Ahmadiyya en 2004 ; il avait travaillé comme médecin dans les hôpitaux de la communauté sous le plan Nusrat Jehan Scheme. Il mentionnait souvent le changement spirituel qu’il avait ressenti après avoir accepté le Messie Promis (a.s). Les membres de l’assemblée nationale de la Gambie ont rendu hommage à ses services au cours d’une session pendant laquelle l’Amir de la Jama’at de la Gambie a eu l’occasion de s’adresser aux parlementaires.

Mme Izat Un Nisa du Bangladesh avait accepté l’Ahmadiyya en 1975 ; c’était une dame pieuse qui en dépit de son dénuement était toujours prête à aider les autres. Elle avait un très grand amour pour la Jama’at ainsi que pour le Messie Promis (a.s). Que Dieu exalte le statut des défunts et qu’Il accorde patience et persévérance aux membres des familles endeuillées.


(Le site islam-ahmadiyya.org prend l’entière responsabilité de la publication de ce résumé)