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Le Califat après du Saint Prophète Muhammad (s.a.w)

Une étude de l'histoire de l'Islam nous révèle clairement que le Califat – passé et présent – tel que l'ont vécu les croyants s'est joué en deux actes et cela selon une prédiction du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) qui se réalisa lors du cheminement de l'Islam durant les 14 derniers siècles.

Relativement à l'itinéraire que devrait connaître le Califat, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) nous a dit ceci en substance : « Le prophétat (An-Nubuwwah) demeurera parmi vous autant qu’Allah voudra qu’il demeure ; puis Il l’enlèvera lorsqu’Il désirera qu’il soit enlevé. Ensuite il y aura le Califat suivant la voie du prophétat, et celui-ci demeurera autant qu’Allah voudra qu’il demeure ; puis, Il l’enlèvera lorsqu’Il voudra qu’il soit enlevé. Ensuite il y aura une monarchie accablante, et celle-ci demeurera autant qu’Allah voudra qu’elle demeure ; puis Il l’enlèvera lorsqu’Il voudra qu’elle soit enlevée. Après cela, il y aura une monarchie tyrannique, et celle-ci demeurera autant qu’Allah voudra qu’elle demeure ; puis, Il l’enlèvera lorsqu’Il voudra qu’elle soit enlevée. Ensuite, il y aura le Califat suivant la voie du prophétat. » Puis il se tut. (Masnad Ahmad bin Hanbal, Hadith ‘An Nu‘man bin Bashir)

À partir des faits historiques le constat est fait que le premier acte du Califat s'est joué immédiatement après la mort du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) par l'élection successive des quatre califes au sein de l’Oumma (la communauté des croyants) – nommément les Califes Bien guidés (Khulafā'-Rashidine). Ce fut un itinéraire splendide et extraordinaire que connut l'Islam à cette époque et durant laquelle ces hommes de Dieu, avec des hauts et des bas, apportèrent un nouveau souffle, une nouvelle civilisation au peuple de la péninsule arabique et ailleurs.

Hadrat Abū Bakr (r.a) – premier calife bien guidé (632 à 634 de l'hégire)

Conformément à la promesse du Saint Prophète – dont le décès causa une stupéfaction profonde au sein de l'Oumma – le Califat débuta avec l'élection de Hadrat Abū Bakr (r.a) comme premier calife de l'Islam. L'autorité de l'Islam à ce moment difficile de son histoire commençait à subir de graves remous. De dangereuses menaces se précisaient à la fois de l'intérieur et à l'extérieur pour la déstabiliser. La disparition inattendue du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) permit ainsi aux nombreux faux prophètes de fomenter des rébellions ici et là pour mettre ainsi en danger la sécurité de l'état islamique. Suivant l'exemple de son maître et se laissant guider par les préceptes de la Sharia, le premier calife de l'Islam réussit à sauvegarder la nouvelle foi de la désintégration en mettant au pas les instigateurs et les rebelles. Hadrat Abū Bakr (r.a), de par sa foi, sa ténacité et son autorité, rétablissant l'unité des musulmans, réussit, une fois de plus, à les ranger sous le même drapeau jusqu'à la fin de son Califat.

Compte tenu de la souffrance ressentie par les musulmans après la disparition du Saint Prophète Muhammad (s.a.w), sur le vide que son départ avait créé et sur la responsabilité qu’avait à prendre le Calife, on ne peut que conclure sans hésitation que le califat de Hadrat Abū Bakr (r.a), fut une véritable prouesse. Le succès de ce calife était inévitablement dû à son profond sens de justice et à son brillant leadership.

Hadrat ‘Umar (r.a) – deuxième calife bien guidé (634 à 644 de l'hégire)

Après la mort du premier calife, le manteau du Califat revint à Hadrat ‘Umar (r.a). L'itinéraire de ce dernier est universellement reconnu par les historiens comme une des périodes les plus glorieuses qu’ait connu Islam, car son Califat ouvrit la voie à de nombreuses faveurs divines. Il augura ainsi une nouvelle ère pour l'état islamique. La notoriété de Hadrat ‘Umar (r.a) – connu comme ‘Umar Le Grand par les historiens – ­ avait franchi les frontières de l'Arabie. Son inlassable énergie, son zèle au service de l'Islam, son désintéressement, son sens de justice et son attachement scrupuleux à son devoir, soulevaient l'émerveillement de tous. Quatorze siècles se sont écoulés et on parle encore de l'oeuvre accomplie par ce grand calife de l'Islam, qui fit le bonheur et la fierté des musulmans, qui leur légua un grand héritage économique, social et culturel.

Hadrat ‘Umar (r.a) fut le premier à introduire le système de pensions aux personnes âgées tel que nous le voyons de nos jours dans de nombreux pays. Il établit des crèches pour les enfants dépourvus de soutiens familiaux et cela aux frais de l'État ; il rendit l'éducation obligatoire pour les filles et les garçons et accorda des allocations aux infirmes et aux démunis. On raconte que Hadrat ‘Umar (r.a) sortait déguisé la nuit et rendait visite aux pauvres afin de s'assurer qu'ils avaient de quoi subvenir à leurs besoins.

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Rien de surprenant alors que son acte de bienveillance, qui lui apportait tant de bénédictions et de faveurs divines, le mettait en confiance pour mettre en déroute les puissants empires romain et persan qui voulaient mettre en danger les acquis de l'Islam. Cependant son immense succès ne le rendait jamais arrogant ; il fit montre d'humilité et en demandant toujours à ses soldats d'être tolérants, justes et bons envers les vaincus, tel qu'il l'avait appris lui-même de son maître, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w).

Conquérant territoires et coeurs, Hadrat ‘Umar (r.a) établit pour la bonne gouvernance le Majlis-Shura, un corps consultatif de conseillers auprès du calife. Il fit montre de son incomparable génie en mettant sur pied une administration civile qui permettrait à l'empire musulman d'être une entité performante. Virent ainsi le jour, sous son administration, des arrondissements dans chaque état, des forces policières, la trésorerie publique pour la gestion des finances, des aménités pour le bien-être de la population et pour couronner le tout, le calendrier musulman qui aida énormément à la préservation de l'histoire de l'Islam.

Hadrat Uthman (r.a) – troisième calife bien guidé (644 à 656 de l'hégire)

Comme ses prédécesseurs, Hadrat Uthman (r.a), le troisième calife de l'Islam, fut aussi un guide admirable et l'empire musulman ne cessa d'étendre ses frontières sous son Califat. Ses contributions à la cause du bien-être des citoyens furent nombreuses, telles les constructions de bâtiments, de rues, de ponts, de drains, de mosquées, et de centres d'accueil dans les villes.

Sous sa direction ont compila le texte standard du Saint Coran, un texte qui fut envoyé dans toutes les provinces de l'empire islamique.

Homme bienveillant, simple, intègre, honnête et pieux, Hadrat Uthman (r.a) fit montre de beaucoup de patience et de tolérance à la fin de son Califat face à la révolte de certains groupes musulmans qui lui demandaient de se retirer comme calife - une requête qu'il rejeta en arguant qu'il était redevable à personne d'autre pour son élection comme calife sauf à Dieu. Malgré les adversités, il fit preuve de beaucoup de magnanimité envers ses détracteurs, en refusant de les combattre afin d'éviter de faire couler le sang.

L'assassinat du troisième calife fut un des plus tristes épisodes dans l'histoire de l'Islam. L'unité des musulmans perdit ses amarres et on pourrait même souligner que l’Oumma contemporain porte encore, en ce siècle, les stigmates de cette désunion qui secoue à la base même de l'édifice de l'Islam.

Hadrat Ali (r.a) – quatrième calife bien guidé (656 à 661 de l'hégire)

Hadrat Ali (r.a), cousin du Saint Prophète Muhammad (s.a.w), fut élu calife six jours après la mort de Hadrat Uthman (r.a). Sa plus grande priorité, annonça-t-il aussitôt qu'il porta le manteau du califat, serait de restaurer l'ordre et la paix au sein de la communauté afin de mettre un terme aux querelles. La population et les compagnons du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) réclamaient que justice soit faite et que les assassins du troisième calife soient punis. Face à cette circonstance délicate, Hadrat Ali (r.a) fit montre de beaucoup de modération et de sobriété pour calmer les esprits, mais la situation à Médine s’empira et la cité devint ingouvernable.

Vu l'état hostile de la population, Hadrat Ali (r.a) transféra l’administration de la ville à Kufa en Irak, mais malheureusement la situation ne s'améliora guère et le califat, profondément perturbé et mis en désarroi, atteignit la première rupture de son histoire. Le calife essaya en vain de pacifier et de remettre en confiance les musulmans, mais le malaise s’ancra profondément dans les coeurs des gens. La guerre civile éclata inévitablement pour culminer avec l'assassinat du quatrième calife.

Il est un proverbe africain qui dit que la valeur de l'ombre d'un arbre n'est reconnue que lorsqu'il est abattu. Ce dicton met en relief le malheur que connut l'empire musulman à cette époque. Suite à l'assassinat de Hadrat Ali (r.a) les grâces et les bénédictions divines conférées à la communauté du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) se tarirent et l'unité des musulmans perdit ses amarres. Les musulmans abandonnèrent de par leur arrogance et leur indiscipline le manteau du califat qui leur apportait tant de respect et de faveurs divines. C'est ainsi que prit fin le califat bien guidé après le Saint Prophète Muhammad (s.a.w).

Monarchies tyranniques

Après l'assassinat de Hadrat Ali (r.a) une monarchie dépourvue de toute aura spirituelle se substitua à celui du Califat à essence divine. Les contrées où fleurissaient jadis les administrations saines sous le régime des califes bien guidés, furent les témoins impuissants de la décadence qui s'y instaura durant des siècles à travers des dynasties de toutes sortes. Des guerres civiles et des querelles internes ébranlèrent profondément les solides assises mises en place durant le califat et conséquemment ceux qui étaient naguère respectueux envers l'Islam, foulèrent aux pieds son nom sacré. L'humiliation des musulmans devint chose commune et l'influence de l'islam dans le monde périclita et les adeptes des autres fois tournèrent en ridicule la religion apportée par le Saint Prophète Muhammad (s.a.w).


(Source : Le Message de l'Ahmadiyya - Septembre 2003)