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L’Islam et la science

- par le professeur Abdus Salam (1926-1996), lauréat du prix Nobel de physique en 1979 -

Ceci est le résumé d’un discours prononcé par le professeur Abdus Salam, lauréat du prix Nobel de physique en 1979, lors d’une réunion tenue au siège de l’Unesco, le 27 avril 1984 sur le thème « l’Islam et la science ».

Le Saint Coran et la science

Je voudrais dire d’emblée que je suis aussi bien croyant que pratiquant de la foi musulmane. Je suis musulman parce que je crois au message spirituel du Saint Coran. Ce livre m’interpelle, en tant que scientifique, à réfléchir et à méditer profondément sur les lois de la nature, et il cite à titre d’indices pour l’humanité des exemples tirés de la cosmologie, de la physique, de la biologie et de la médecine.

Par exemple il déclare :

« Ne regardent-ils donc pas les chameaux, comment ils sont créés ? Et le ciel, comme il est élevé haut ? Et les montagnes, comme elles sont enfoncées solidement dans la terre ? Et la terre, comme elle est étendue ? » (Le Saint Coran, chapitre 88, versets 18 à 21)

« Dans la création des cieux et de la terre et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a effectivement des signes pour les hommes doués de compréhension. Ceux qui se souviennent d’Allāh qu’ils soient debout, assis ou couchés sur le côté, et qui méditent sur la création des cieux et de la terre et disent : « Notre Seigneur, Tu n’as pas créé cela en vain. » (Le Saint Coran, chapitre 3, versets 191 à 192)

Le Saint Coran attire notre attention sur la supériorité du ‘Alim (savant) – homme perspicace qui possède le savoir : « Ceux qui possèdent ces qualités, peuvent-ils être égaux à ceux qui ne les possèdent pas ? ». Sept cent cinquante versets du Saint Coran (presque un huitième du livre) demandent aux croyants de faire des études sur la nature, d’user de la réflexion, de tirer dans la recherche de l’absolu ce qu’il y a de mieux au niveau de leur faculté de raisonnement, et de faire de l’acquisition des connaissances et de l’étude scientifique une partie de la vie communautaire.

Abdus Salam - lauréat prix Nobel de physique 1979
Professeur Abdus Salam

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) nous dit dans un langage sans équivoque qu’acquérir le savoir, scientifique ou pas, est obligatoire à chaque musulman, homme ou femme. « Les savants sont les vrais héritiers des prophètes », dit-il. Il exhorte ses fidèles à se rendre aussi loin qu’en Chine dans leur quête du savoir. Il est clair qu’en se référant à cette partie du monde, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w) pensait surtout à la connaissance scientifique plutôt qu’à la science religieuse. En bref, l’accent est mis sur la recherche scientifique qui déborderait les frontières. « Ô Toi qui me soutiens, donne-moi la connaissance de la réalité absolue des choses » – telle fut constamment sa supplication à Dieu. Voilà la première prémisse en ce qu’il s’agit de la connaissance scientifique par laquelle toute réflexion en Islam doit fondamentalement commencer.

La deuxième prémisse est celle mise en exergue par Maurice Buccaille dans sa dissertation intitulée « La Bible, le Coran et la science ». Les phénomènes naturels mentionnés dans le Saint Coran ne sont nullement en contradiction avec des découvertes scientifiques que nous savons définitives et irréversibles. Le Saint Coran ne nous demande pas d’avoir foi en des choses qui sont manifestement fausses.

La troisième prémisse : dans toute l’histoire de l’Islam il n’y a jamais eu un incident tel qu’avait connu Galilée – la persécution, la dénonciation, l’excommunication sur des différends doctrinaux existent mais jamais sur des croyances scientifiques. Et paradoxalement, la première inquisition (Minha) en Islam a été l’œuvre non des théologiens orthodoxes mais des soi-disant rationalistes, les Mu’tazzala, théologiens eux-mêmes, qui enorgueillissaient de leur usage de la raison. Le pieux Ahmad Ibn-Hanbal fut un des victimes de leur furie.

La science moderne

Quelles ont été les réactions des premiers musulmans aux injonctions coraniques et aux instructions du Saint Prophète Muhammad (s.a.w) ? À peine 100 ans après la mort du Saint Prophète Muhammad (s.a.w), les musulmans se mirent en quatre pour maîtriser les sciences connues de l’époque. S’activant fébrilement mais systématiquement, ils traduisirent dans leur langue religieuse, l’arabe, le corpus complet de la connaissance recueillie jusqu’ici. En fondant des instituts d’études avancées, ils acquirent une ascendance absolue dans les sciences. Cette ascendance durera trois siècles et demi.

Une des importantes raisons du succès de cette entreprise était le caractère international de l’Islam. Le Commonwealth islamique se tint en marge de toute considération de couleur ou de race et la première société musulmane de par sa tolérance acceptait en son sein des gens venus d’ailleurs sans rejeter leurs idées. Le respect religieux pour les sciences était dû au patronage dont elle jouissait dans le monde islamique.

H.A.R Gibb mentionne ainsi la situation des sciences dans le monde arabe :

« Dans une large mesure, plus qu’ailleurs, la floraison des sciences en Islam était sujette à des conditions [...] Dépendant de la libéralité et du patronage de ceux se trouvant en haut lieu. Là où la société musulmane était en décadence, la science perdit de sa vitalité et de sa force. Aussi longtemps que dans une métropole arabe les princes et les ministres prenaient du plaisir, tiraient du profit ou s’acquéraient du prestige en patronnant les sciences, le flambeau était gardé vivant ».


(Le message de l’Ahmadiyya, février 1997)